Bienheureuse STÉPHANIE QUINZANIE SONCINO

Bienheureuse Stéphanie Quinzani

tertiaire dominicaine (✝ 1530)


Cette grande servante de Dieu naquit le 5 février 1457, à Orzinovi, petit village situé au-dessus de Brescia. Laurent Quinzani, son père, et sa mère Marie Sabina, étaient deux fervents chrétiens. Ils vivaient dans une honnête médiocrité, et eurent trois filles, Agnès, Stéphanie et Françoise. Vers l'année 1463, ils quittèrent Orzinovi, pour venir habiter Soncino. Notre Ordre possédait à Soncino le couvent de Saint-Jacques, qui venait d'être réformé par la célèbre congrégation de Lombardie et renfermait un grand nombre de -religieux éminents en doctrine, en éloquence et en sainteté . Parmi eux se trouvait le Bienheureux Matthieu Carreri, de Mantoue, dont les prédications remuaient toute la ville et y avaient déjà opéré d'admirables fruits de salut. Ce fut à lui que s'adressa le père de notre Bienheureuse. Il avait embrassé la règle du Tiers-Ordre, et allait assez souvent auprès de ce saint religieux chercher des conseils et des moyens de s'avancer dans la vertu. Comme il aimait sa petite Stéphanie d'une tendresse extraordinaire et qu'il eût voulu ne s'en séparer jamais, il l'amenait facilement avec lui quand il venait voir le serviteur de Dieu. Le Bienheureux Matthieu découvrant je ne sais quoi de surnaturel dans cette enfant, lui témoignait une grande bonté. Il lui apprit la Salutation angélique, et quelques autres petits exercices propres aux enfants de cet âge. Un jour, il lui dit qu'en mourant il la ferait « son héritière. » L'enfant, pour lors, ne comprit rien à ces paroles. Mais à la mort du serviteur de Dieu, elle se sentit frappée au cœur d'une blessure extrêmement douloureuse. Au même moment, le Bienheureux lui apparut et lui dit que cette blessure était l'héritage qu'il lui avait promis . Cette grâce fut tenue secrète pendant bien des années ; mais le 15 avril 1504, notre Bienheureuse la déclara à son confesseur. La grâce prévenant la nature dans cette enfant de bénédiction, elle fut capable, à l'âge de cinq ans, de se consacrer entièrement à Dieu. Dès sa toute petite enfance, elle entendait souvent au fond de son cœur une voix qui lui criait : « Charité ! charité ! charité ! » comme pour l'exciter à aimer Dieu toujours davantage. A sept ans, pressée de se donner sans réserve à ce divin amour, elle fit les trois vœux de virginité, de pauvreté et d'obéissance, et y ajouta la promesse de prendre plus tard, comme son père, l'habit du Tiers-Ordre, si elle n'entrait point dans quelque monastère. Ce fut le jour de l'Assomption qu'elle offrit à Dieu ce sacrifice complet d'elle-même. Nôtre Seigneur voulut lui montrer combien il l'avait pour agréable. Il lui apparut, accompagné de sa très sainte Mère, de saint Dominique, de saint Thomas d'Aquin, et de sainte Catherine de Sienne : en présence de tous ces témoins, il l'épousa, et comme gage de cette alliance, il lui mit au doigt un anneau de grand prix. Plusieurs personnes, ayant examiné cet anneau, ont assuré n'en avoir jamais vu de plus magnifique. Après cet insigne faveur, notre Bienheureuse commença à goûter Dieu d'une manière qui lui était inconnue auparavant. Elle eut, en particulier, de grandes lumières sur le mystère de la divine Eucharistie ; et, sa foi lui faisant découvrir son céleste Époux sous les saintes espèces, elle trouvait des douceurs ineffables en la présence du Très Saint6Sacrement. Quand elle priait à l'église, elle aimait à être vis-à-vis du tabernacle; il lui semblait qu'alors son esprit se portait droit à Jésus, et s'unissait à lui avec plus de facilité. Son plus grand bonheur aurait été de pouvoir communier. Vers l'âge de dix à onze ans, elle sentit une forte inclination pour les souffrances. Elle comprit, dans une grande lumière, que Jésus ayant marché toute sa vie par cette voie, il ne lui était pas permis, à elle qui était son épouse, d'en suivre une autre. Dès ce moment, elle se prit à demander souvent à Dieu de lui envoyer toutes sortes de douleurs, et de la tenir jusqu'à la mort attachée à la croix. Quand elle se remettait devant les yeux tout ce que Nôtre Seigneur a souffert dans sa Passion, elle ne se contenait plus : « O mon Époux, s'écriait-elle, que je souffre, puisque vous-même n'avez fait que souffrir ! Croix, douleurs de mon Époux, passez maintenant de lui à moi : étant, par sa faveur, devenue son épouse, j'ai droit à tout ce qui est à lui, à ses maux comme à ses biens ! » Étant allée, vers l'âge de douze ans, entendre la prédication qui se faisait dans la principale église de Soncino, pour la fête de saint André, elle vit, au milieu du sermon, cet apôtre se tenant dans les airs ; il lui montrait une grande croix, et lui dit ces paroles : « Ma fille, voici le chemin du ciel : aimez Dieu, craignez Dieu, honorez Dieu, embrassez la croix, et fuyez le monde. » Cette vision augmenta encore son désir de souffrir. Dès son jeune âge, la Bienheureuse Stéphanie commença à pratiquer de rigoureuses privations du côté de la nourriture. Elle s'était fait une habitude de ne jamais satisfaire pleinement son appétit; on peut dire ainsi que son jeûne était perpétuel. Même à l'époque où, encore jeune fille, elle allait aux champs pour se livrer aux pénibles travaux de la campagne, ou à l'aire pour recueillir le grain, elle observait ce jeûne, en ayant soin qu'on ne s'en aperçût pas autour d'elle. Depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, elle ne se nourrissait que de petites galettes cuites sous la cendre, sans être pétries ni levées, toutes noires, et d'une digestion difficile ; elle conservait, avec cela, son embonpoint ordinaire, et un visage toujours souriant. Six ans durant, elle porta un rude cilice sur la chair sans le quitter ni jour ni nuit. Lorsqu'il fut usé, et qu'elle songea à le renouveler, il se trouva tellement adhérent au corps, qu'il fallut avec le cilice arracher la peau. Fort longtemps elle porta aussi autour des reins une ceinture de corde, garnie de trente-trois nœuds, en mémoire des trente-trois années que le Fils de Dieu a passées sur la terre ; et elle la porta si serrée sur son corps, que lorsqu'elle vint à la quitter, chacun de ces nœuds avait creusé dans les chairs une plaie profonde. Pendant plus de trente ans, à l'imitation de saint Jérôme, elle se frappait la poitrine avec un gros caillou, afin d'obtenir miséricorde tant pour elle-même que pour les pauvres pécheurs. Presque tout le temps de sa vie elle suivit l'exemple de saint Dominique, et prit tous les jours trois disciplines : la première, pour honorer les souffrances de son divin Époux ; la seconde, pour elle et pour tous les pécheurs du monde; et la troisième, pour les âmes du purgatoire. Que ne fit-elle pas, afin de conserver toute sa vie une inviolable pureté de corps et d'esprit ? Tous les partis qui se présentèrent successivement furent immédiatement rejetés. Notre Sœur n'était point belle de visage, mais elle avait une magnifique chevelure. Ayant su que c'était là son principal attrait, elle coupa entièrement ses cheveux, pour témoigner le divorce éternel qu'elle faisait avec le monde. Vaincu de ce côté, le démon lui suscita de furieuses tentations afin de la détourner de son dessein. Après avoir inutilement employé les créatures pour lui inspirer de l'amour, il lui suscita d'horribles émotions dans sa chair, remplit son imagination de fantômes importuns et la tourmenta si étrangement, qu'on eût dit que tout l'enfer était déchaîné contre elle, pour la faire succomber. Mais cette amante fidèle de Jésus-Christ, qui savait que ces combats ne se terminent heureusement que par les douleurs qui affligent le corps, se ressouvenant de la manière héroïque dont le patriarche saint Benoît avait triomphé des rebellions de sa chair, en se roulant sur de piquantes épines, se servit du même remède pour surmonter les siennes. Ayant aperçu deux charrettes chargées de ronces qui se trouvaient par hasard dans la cour de la maison de son père, elle s'y précipita une nuit, et, avec un courage intrépide, se roula sur les épines jusqu'à ce qu'elle sentit, après s'être mise tout en sang, que l'excès de la douleur avait entièrement amorti les rebellions involontaires de sa chair. Après ce rude combat, voyant la victoire gagnée, elle reprit ses vêtements et se retira dans sa petite chambre. Elle se prosterna alors contre terre, et pria avec instance saint Thomas d'Aquin, son cher protecteur, de lui obtenir de Dieu le don de chasteté. Cette prière était à peine achevée, qu'elle se sentit mettre une ceinture par des mains invisibles, qui lui serrèrent le corps avec tant de violence, qu'elle en poussa les hauts cris. Les personnes qui occupaient la chambre voisine, s'éveillant à ce bruit, accoururent pour savoir ce qui lui était arrivé; mais voulant cacher cette grâce, elle leur répondit seulement qu'elle avait éprouvé certaine douleur qui l'avait forcée de crier. Elle raconta, dans la suite, cette faveur insigne à son confesseur, et elle l'assura que, depuis ce moment, elle n'avait plus connu aucune tentation contre la pureté, ni senti la moindre émotion humiliante. Cette incomparable pureté, la rendant plus capable des faveurs de son divin Époux, la disposa à la communication la plus intime de toutes ses souffrances. Vers l'âge de quinze ans, elle se trouvait à Crema, un jour de Vendredi saint, dans la maison de Jean-François Verdello. Toute la famille s'était rendue à l'église pour entendre le sermon de la Passion. Restée seule au logis, elle se mit à contempler les souffrances de son Sauveur. Dans cette méditation, elle répandit une grande abondance de larmes. Notre-Seigneur lui révéla aussi beaucoup de choses concernant sa Passion, et il lui déclara que désormais elle serait associée à toutes ses douleurs, et que dans chacun de ses membres elle porterait une partie de ce que lui-même avait souffert. Ce fut là le commencement des grandes souffrances de notre Bienheureuse. Car, à partir de ce moment, outre ses souffrances habituelles, elle a enduré tous les vendredis, ainsi que les deux jours de l'Invention et de l'Exaltation de la Sainte-Croix, une partie des douleurs que Jésus-Christ a souffertes dans sa Passion. Elle avait surtout une dévotion particulière aux mystères de l'agonie au Jardin des Olives, de la flagellation sanglante, du couronnement d'épines et du crucifiement sur le Calvaire. Elle en souffrait aussi plus sensiblement les douleurs. C'était un spectacle navrant de la considérer dans cet état. On la voyait dans une sorte d'agonie, pendant laquelle il lui sortait de tous les pores une sueur mêlée de sang. Puis, on eût dit qu'on la déchirait de coups de fouet. Les cicatrices qui, en plusieurs endroits de sa tête, distillaient le sang, avec d'excessives douleurs, lui étaient comme un couronnement d'épines. Enfin, son corps se trouvait sur une espèce de croix, par les tortures effroyables qu'elle endurait en tous ses membres. Beaucoup de personnes de qualité et de mérite ont vu ces merveilles avec étonnement, et en ont rendu des témoignages authentiques. Son confesseur, qui a composé sa Vie, assure avoir vu de ses yeux les sacrés stigmates qu'elle avait aux pieds et aux mains, et les trous de la couronne d'épines, que les anges lui mettaient sur la tête tous les vendredis. Le marquis et la marquise de Mantoue, un protonotaire, la duchesse de Cortona, la bienheureuse Sœur Osanna de Mantoue, et un grand nombre d'autres personnes très pieuses et très doctes en ont pareillement été témoins, et en ont signé un acte public dont l'original est conservé dans les archives du Révérendissime Père Général. Ce torrent de douleurs ne pouvant éteindre l'ardeur que cette Bienheureuse avait pour les souffrances, dont elle était insatiable, Dieu lui en communiqua une d'un autre genre jusqu'alors inouï. Il lui semblait avoir, dans la poitrine, comme une roue qui tournait avec une grande rapidité et lui déchirait et brisait le cœur. C'était le vendredi qu'elle souffrait cet horrible supplice. Aussi longtemps qu'il durait, la pauvre patiente ne faisait que crier, et ces cris étaient parfois entrecoupés décès tendres et amoureuses paroles. « O mon doux Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ ! O âme de mon âme ! O cœur de mon cœur ! » Notre Bienheureuse n'a pas seulement participé aux souffrances extérieures du Fils de Dieu, elle a été appelée à expérimenter aussi ses peines intérieures. Pendant quarante ans, elle a marché dans des ténèbres, des sécheresses, des impuissances et des délaissements terribles. Tous les jours, à certaines heures, elle se trouvait sans lumière, sans goût, sans dévotion, sans amour, et dans des difficultés effroyables de s'appliquer à Dieu. Dans ces moments, elle était soumise à des dépouillements intérieurs, à des anéantissements, à des soustractions si étranges, qu'elle eût succombé sous la rigueur de ces épreuves, sans le secours de la grâce qui la fortifiait, et sans les faveurs extraordinaires que Jésus-Christ communiquait à cette amante fidèle, et dont il nous reste maintenant à parler.IILa Bienheureuse aimait Dieu avec tant d'ardeur, que son visage en aurait paru tout enflammé, si Jésus-Christ, à sa très humble prière, n'avait empêché que le feu de la charité qui embrasait 'son âme ne parût au dehors. Ce divin Sauveur voulut néanmoins qu'on pût y remarquer la grandeur de son amour, dans les deux états de consolation et de croix qui partageaient successivement sa vie, et qui remplissaient son âme de joie ou de douleur. Dans le premier état, elle paraissait avec un visage frais et vermeil et dans un embonpoint qui donnait de l'admiration. Mais quand ce même amour lui faisait ressentir les douleurs de son divin Époux, elle était pâle, maigre et tellement défaite, qu'elle portait dans ses yeux et dans tout son extérieur la véritable image de la mort. Dieu relevait, dans son oraison, à de fréquentes extases. Pendant ces extases, son corps demeurait froid, insensible et sans mouvement ; elle perdait même la respiration : on eût dit qu'elle était morte. Son confesseur et plusieurs autres personnes ont souvent entendu alors distinctement son ange gardien recommander aux assistants d'avoir soin du corps de la Bienheureuse. Les personnes qui demeuraient avec elle ne faisaient autre chose, quand elles la trouvaient dans cet état, que la relever de terre et la transporter sur un lit jusqu'à ce qu'elle fût revenue de son ravissement. Pendant ces extases si admirables, Dieu lui révélait les secrets du ciel et de la gloire des élus. Une fois, elle fut conduite à travers tous les chœurs des anges et des saints, et connut l'inégalité de leurs mérites par la différence de leurs rangs. Étant parvenue au chœur des séraphins, elle vit plusieurs âmes qu'elle avait connues sur la terre. Elle demanda à son conducteur par quelle vertu ces âmes s'étaient élevées à ce haut degré de gloire ; il lui fut répondu que c'était par la grande conformité et parfaite union de leur volonté avec celle de Dieu. Elle connut aussi, dans ce même ravissement, que tous les anges ensemble, et toutes les âmes bienheureuses y comprise la glorieuse Vierge Marie, ne peuvent aimer Dieu autant qu'il mérite d'être aimé. Tout aussitôt, comme si un voile lui fût tombé de devant les yeux, elle vit un immense et très profond abîme d'amour, qui n'était aimé par aucune pure créature. Alors, comme hors d'elle-même, elle se prit à crier à Notre-Seigneur : « Ah ! mon Seigneur et Rédempteur, accordez-moi cette grâce, que j'aime tout cet amour : autrement je ne saurais vivre ! » Mais Jésus, souriant, lui fit entendre comment sa volonté étant finie, et cet abîme d'amour infini, elle ne pouvait l'enfermer dans la capacité créée de sa volonté finie. Pour la consoler néanmoins, il lui dit que, si elle avait la volonté d'aimer tout cet amour, il accepterait cette bonne volonté comme si réellement elle l'aimait ainsi. « Ne pense pas, ajouta-t-il, que ce grand abîme d'amour reste pour cela sans être aimé ; car si les créatures ne peuvent l'aimer, il est aimé de moi-même, qui suis un bien infini. » Après toutes ces révélations, la Bienheureuse revenait à elle-même, dit un de ses biographes, comme une personne qui « de la clarté d'un plein midi entrerait immédiatement dans les ténèbres d'un plein minuit : si obscures et ténébreuses lui semblaient les choses de ce monde, en comparaison des admirables qu'elle avait vues. » Rapportons encore quelques-unes des faveurs extraordinaires dont fut gratifiée la Bienheureuse Stéphanie. Étant un soir en oraison, elle fut prise d'un ravissement. Il lui sembla qu'un vénérable vieillard la conduisait sur le bord d'une belle rivière ; on croit que ce vieillard était l'apôtre saint Paul, auquel elle avait été confiée par Notre-Seigneur, ainsi que nous le dirons bientôt. Lorsqu'ils eurent marché quelque temps le long de cette rivière, ils rencontrèrent une grande multitude d'anges, dont les uns descendaient du ciel et les autres y montaient. « O mon Père, s'écria la Bienheureuse, s'adressant au vieillard, n'est-ce point quelque illusion de Satan ? » – « Non, ma fille, répartit le vieillard, ce sont des anges, qui vous apprendront le chemin pour arriver au parfait amour. » Aussitôt elle se prosterna aux pieds de ces anges, et les conjura de lui enseigner comment elle pourrait monter au parfait amour de son Époux et se transformer entièrement en lui. Un de ces anges lui répondit : « II y a plusieurs choses qui font monter une créature raisonnable au parfait amour de Dieu ; mais une des principales, c'est la vie souffrante toute détrempée dans la douleur et les amertumes, accompagnée néanmoins et suivie d'actions de grâces et de résignation à la volonté divine. » « Quand l'homme, ajouta cet ange, marche par ce chemin de l'affliction et de la désolation, l'amertume qui remplit son pauvre cœur le dégoûte entièrement du monde et des appâts de cette vie. L'homme étant dégoûté de ce monde, goûte d'un autre côté son Dieu : goûtant Dieu, il s'attache à lui : s'attachant à lui, il embrasse toutes ses volontés : embrassant toutes ses volontés, il se conforme entièrement à lui : se conformant entièrement au bon plaisir de Dieu, il se transforme en lui. Et ainsi l'affliction est le chemin du parfait amour et de la parfaite transformation. » L'ange ayant dit ces choses, la vision disparut, et la Bienheureuse revint à elle-même avec un désir plus embrasé que jamais de vivre et de mourir sur la croix et de ne chercher aucune consolation dans les choses de ce monde. Souvent il lui semblait entendre une voix, comme si elle fût venue à elle du haut d'une tour élevée, et cette voix lui criait : « Aime Dieu, aime celui qui t'aime, aime ce bien infini. N'aime point ce monde trompeur, n'aime point celui qui ne t'aime point. » Nous pouvons penser que cette voix était celle des anges qui, considérant en elle un cœur si disposé aux plus vives flammes de l'amour, étaient comme impatients de l'en voir toute embrasée. Repassant, un jour qu'elle était allée à l'église pour se confesser et communier, ces paroles qui retentissaient si souvent au fond de son cœur, elle se disait à elle-même : « O mon cœur, si tu veux aimer quelque chose, que ce ne soit pas ce monde trompeur, mais aime Celui qui seul mérite d'être aimé. » A ce moment, son cœur fut tellement ému, et il se mit à battre avec tant de violence, qu'elle fut obligée de sortir de l'église et de retourner chez elle. En y entrant, elle sentit une odeur qu'elle connut être miraculeuse. Elle se mit à genoux devant un crucifix, et, toute baignée de larmes, elle fit cette prière : « Quand donc, mon doux Sauveur, me donnerez-vous votre parfait amour ? Je ne veux d'autre amour que le vôtre : je ne veux rien aimer que vous ! » Alors, l'image de Jésus-Christ se détacha de la croix, et s'en allant à elle, l'embrassa tendrement, et l'enflamma tellement du divin amour, qu'elle en conserva l'impression profonde le reste de sa vie. Notre-Seigneur voulut un jour l'éclairer sur le mérite de l'obéissance, et lui montrer combien cette vertu lui est agréable. Elle avait fait, pour son amour, un abandon absolu de sa volonté entre les mains de son confesseur ; Notre-Seigneur lui apparut, et lui dit : « Ma fille, parce que tu t'es généreusement dépouillée de ta propre volonté, pour l'amour de moi, demande tout ce que tu voudras, et je te l'accorderai. » Cette Bienheureuse, qui l'aimait uniquement, lui répondit, comme avait fait autrefois saint Thomas d'Aquin à une semblable demande : « Je ne veux pas autre chose, mon doux Seigneur, que vous-même. » Par suite de sa tendre dévotion envers le Très Saint Sacrement, la Bienheureuse était dans des désirs continuels de communier, malgré la rage des démons qui employaient toute leur malice pour l'en empêcher. Une fois, ils lui causèrent une si grande soif pendant la nuit, qu'elle se trouva dans des ardeurs insupportables. Mais, par une admirable tempérance, elle triompha de leur artifice; et le matin, elle se retira de la sainte Table, après avoir reçu le corps de Jésus-Christ, tellement éprise de son divin amour et rassasiée par ce pain des anges, qu'elle demeura quarante jours sans prendre aucune nourriture, comme nous le lisons de sainte Catherine de Sienne.

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