LA PERSONNE QUI RECOIT LE BAPTEME

Nous allons creuser le sujet du baptisé, c’est-à-dire, celui qui le reçoit !

Commençons donc, ensemble, de creuser ce sujet. Quand on regarde l’histoire des sacrements, on se rend compte que cette question a été étudiée très tôt, puisque toute la théologie actuelle est basée sur celle développée par St Augustin, fin du 4ème siècle (vers 380 après Jésus-Christ !). Tout est parti d’une question : quel est la condition de validité de la réception du sacrement par celui qui est baptisé ? Pour cela, il nous faut aborder, afin de ne pas être trop long, trois cas : un sujet mal disposé (la personne désire recevoir le sacrement mais elle n’est pas bien disposée), un sujet non consentant (on l’a forcé à être baptisé), et l’état du sujet lui-même (dont le cas des fous…).

1. Le cas d’un sujet mal disposé. On a deux cas : - Une mauvaise disposition quant à la foi : par exemple, le cas d’hérésies formelles comme le refus d’une des données de la foi, - Mauvaise disposition quant à la volonté : une situation de péché grave non regretté. Si le baptême est administré, est-ce qu’il est valable si le sujet est dans un de ces deux cas ? Dans le cas d’un refus délibéré de croire, par exemple, en la Résurrection, il y a clairement un obstacle dans la vie du sujet, car Dieu ne va pas contre notre liberté et cette personne utilise sa liberté pour faire obstacle à la grâce. Dieu étant plus grand que notre cœur, on peut se dire qu’au minimum, le baptême ne sera pas fructueux. Mais ce n’est pas la même chose si on dit que le sacrement serait nul, comme s’il n’y avait rien eu du tout ! Car une chose est de dire que le sujet freine la grâce, une autre est de dire qu’il n’y a pas eu le « caractère » (dans ce cas, la personne bloquerait l’Esprit Saint, il serait plus grand que Dieu !). Problème complexe, on le sent, car il faut tenir à la fois la grandeur de Dieu, le Créateur bien plus grand que la créature ; mais aussi la liberté de l’homme respectée d’une manière absolue de la part de Dieu. Depuis St Augustin, on a tranché la question : le caractère, c’est-à-dire le tatouage du cœur qui nous inscrit dans le « Livre de Vie » est reçu : on a été marqué du sceau de l’Agneau et personne ne peut empêcher cette réalité objective d’arriver, même pas notre liberté. Dans ce cas, le baptême communique le caractère sacramentel, mais pas forcément la grâce (car elle est chemin de croissance). En clair, on reçoit la graine de vie éternelle, mais sans terreau, elle ne peut pas pousser et elle attend de pouvoir grandir. Mais Dieu a tout son temps. Ca me rappelle une histoire : des archéologues ont retrouvé des graines enfermées depuis plus de 3.000 ans dans une amphore qui avait coulé à l’époque avec le bateau qui la transportait. Ils ont semé la graine dans de la bonne terre et 3.000 années après, elle a donné une belle plante ! C’est exactement cela qui se passe : un sujet mal disposé reçoit la graine, mais l’enferme par sa liberté dans une amphore de refus. En attendant qu’un jour, l’Esprit Saint puisse faire ouvrir cette amphore et semer la graine. Dans ce cas, peu importe le moment, Dieu tient l’espérance qu’un jour, le cœur s’ouvrira et la grâce se développera, quelque soit le moment qui corresponde à la personne. On est donc à l’opposé d’un jugement négatif : au contraire, Dieu a une grande qualité, il est patient ! Il va travailler le cœur de la personne mal disposée car il croit profondément en chaque personne humaine ! En attendant, le sacrement est considéré comme valide mais non fructueux. C’est pour cela qu’on ne renouvelle pas le sacrement de baptême si la personne se convertit : elle a la graine, et on va l’aider à enrichir le terreau de sa vie !

2. Le cas d’un sujet non consentant. La question est celle de l’intention du sujet. La volonté de laisser ou non s’accomplir en lui les effets du baptême. Dans l’histoire de l’Eglise, on note une évolution de la Doctrine : Dans la 1ère période patristique : on considérait que ces sacrements administrés contre la volonté du sujet étaient valides. Le cas classique est celui du sacrement de l’ordre (et même de l’évêque ! St Augustin ne voulait pas être évêque. On a même des cas où on fermait de force la bouche d’un évêque pour qu’il ne refuse pas de le devenir, et le sacrement était considéré comme valide !). Peu à peu, on a insisté sur la liberté du sujet : l’intention du sujet est requise pour la validité du baptême (et de tous les sacrements). L’accord de la personne est une des conditions pour la validité du baptême. Le Droit Canon est clair : un adulte ne peut être baptisé « qu’en le sachant et en le voulant ». Mais alors, comment ce consentement doit-il s’exprimer ? Faut-il une expression formelle, style un document signé, de cette intention, comme pour le mariage, avec les déclarations d’intention ? En fait, cela dépend des cas qu’on rencontre. Pour les sacrements administrés sous condition de personnes qui n’ont plus leur conscience, on va déduire, d’après ce qu’on connaît d’elle, si elles auraient été d’accord ou non. Ainsi, le consentement « passif » peut être suffisant pour le baptême (à la différence du mariage, par exemple). Mais plus dure est la question du baptême forcé. Le cas d’école est celui du baptême forcé des juifs qu’on a beaucoup pratiqué jusqu’à une période très récente… Dans la parabole en Matthieu, sur le roi qui voit les invités ne pas venir, le Christ dit « forcez-les à entrer ». On a compris cela comme une invitation à pratiquer le baptême de force, surtout pour les juifs. Au regard de la doctrine actuelle, ces baptêmes n’étaient pas valides car il faut un minimum d’adhésion. St Thomas pose la question explicitement, et sa réponse est claire : on ne doit pas le faire. Avec St Thomas, on insiste plutôt sur la loi naturelle : la loi divine de Dieu ne peut aller contre la loi naturelle qui vient également de Dieu (et qui requiert la liberté). On ne peut pas remettre en cause une loi naturelle venant de Dieu pour suivre une loi divine car on ne peut pas opposer deux lois venant de Dieu. Ainsi, quand un enfant juif est baptisé contre la volonté de ses parents, on dit qu’on ne doit pas le faire, mais St Thomas ne dit pas que le baptême est nul ! On disait même que cet enfant devait être éduqué chrétiennement, ce qui n’est pas logique. Il y a eu deux affaires récentes et célèbres : 1858 « Eduardo Mortara » sous Pie IX : Un juif baptisé de force par une servante catholique dans les territoires pontificaux. La Curie a retiré l’enfant de ses parents. Le baptême était illicite mais cet enfant devait recevoir une éducation chrétienne. Et on l’a retiré de sa famille, ce qui a traumatisé la communauté juive. 1945-1953 : « Finaly » : En France, les enfants Finaly ont été confiés pendant la 2ème guerre mondiale à une Institution religieuse. Les parents sont morts en déportation. Après la guerre, l’Institution s’est occupée d’eux, jusqu’à ce qu’un membre de leur famille veuille les récupérer puisqu’ils sont orphelins. L’Institution refuse de les rendre (ils ne sont pas encore baptisés). La procédure est longue, la famille saisit la justice qui demande à ce que les enfants soient rendus à leur famille. La famille d’accueil les enlève et les baptise de force. Malgré la gêne du diocèse de Lyon, ils passent de monastère en monastère. Il y a eu une médiation et on a rendu les enfants à la famille. En 1953, un cardinal de la Curie (saisie par Lyon) écrivait que ces enfants, ayant été baptisés, ne devait pas être rendu. Si Pie XII n’a pas suivi le cardinal, la doctrine restait floue. Il a fallu attendre Vatican II. Aujourd’hui, on a abandonné tout cela : le baptême n’est pas valide et on n’a aucun droit de forcer à l’éducation chrétienne. C’est désormais clair, mais la communauté juive reste marquée négativement. Un autre cas, bien plus répandu : celui de l’acceptation d’un baptême pour un avantage. ca m’est arrivé personnellement, il y a des années. Plus indirectement. Lors d’une préparation d’un baptême d’un enfant, voyant le manque de motivation du père, je lui pose la question : « pourquoi voulez-vous faire baptiser votre enfant ? ». Il me répond : « si je ne le fais pas, ma mère, qui a de grands biens, me déshériterait. Alors je demande le baptême ». J’insiste : « sans cette menace de votre mère, feriez-vous baptiser votre enfant ? ». « Je ne sais pas, mais je ne le ferai sûrement pas maintenant ». Vous imaginez bien que ça s’est mal passé par respect de la liberté du père. C’est donc un cas qu’on rencontre dans nos pays : comme pour sauver sa vie ou obtenir un avantage (comme ce papa). On sent qu’il y a un certain consentement de la personne. Dans ce cas, on considère que l’intention de recevoir le baptême, même en vue de recevoir autre chose que la grâce, donne le caractère (la fameuse graine) mais pas encore la grâce. Au sujet d’un baptême pour sauver sa vie, on a l’exemple du cas de Marrane : Un adulte qui a demandé le baptême pour sauver sa vie. Il y avait beaucoup de juifs en Espagne et on leur disait que s’il voulait ne pas être assassiné, ils devaient se faire baptiser. C’est un cas compliqué car les 2 doctrines peuvent être appliquées : l’effet 1er est de recevoir le baptême ; l’effet second est de sauver sa vie. Comme l’effet 2ème est supérieur à l’effet 1er, on considère que le baptême n’est pas valide. C’est un cas différent de celui qui demande le baptême pour un avantage personnel. Enfin, il y a la question du sujet totalement privé de volonté : - Malade de naissance : on considère que c’est comme les petits enfants. Les parents sont responsables et peuvent prendre cette responsabilité, - Malade en cours de vie : on regarde la vie antérieure du sujet et on voit s’il aurait été d’accord, au vue de ce qu’il a vécu. Mais le cas est extrêmement rare pour le baptême (mais pas pour le mariage !). On voit qu’il y a un mûrissement dans l’histoire de l’Eglise de l’importance du consentement du baptisé (on n’a pas toujours été comme cela et ça s’est mis en place progressivement). Il nous faudra voir, le mois prochain, la question de la réception fructueuse du sacrement et la difficile question du baptême des nourrissons.

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