LA SAINTETE 2ième partie (Avril-mai 2020)


Jésus offre à tous les croyants de participer à la sainteté de Dieu. Sanctificateur et sanctifiés ont tous une même origine (He 2,11). Par une offrande unique, celle du Christ en croix, Jésus mène à la perfection ceux qu’il sanctifie (He 10,14). L’Eglise est désormais la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis (1 P 2,9). Sur Terre, nous sommes en stage d’amour et seul Dieu est notre maître d’apprentissage. Dieu seul est saint et Il est le seul à pouvoir nous introduire dans sa sainteté. Pour les personnes humaines, qui sont des êtres créés, la sainteté consiste donc à participer à la vie divine, nous qui sommes créés « à l’image et ressemblance de Dieu ».

Jean dit à ce sujet : « nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3,2). Des deux parties de cette phrase sont nées les deux traditions de la divinisation en Orient (avec notamment la vue de Maxime le Confesseur) et la vision de Dieu en Occident (vision béatifique d’après St Augustin). Le fait qu’elles ont leur source dans le même texte montre bien leur accord et leur complémentarité. Voyons donc ces deux visions, qui s’ancrent dans deux mêmes profondeurs essentielles et unifiées : l’Eucharistie et l’Eglise. La sainteté n’est pas un concept abstrait. Concrètement, la sainteté consistera à être semblable à la communauté eschatologique, dans la cité sainte, la Jérusalem nouvelle (Ap 21,2), là où, selon une de ces visions typiques de Jean, tous porteront des vêtements éclatants, blanchis dans le sang de l’Agneau (Ap 7,14), et contempleront Dieu (7,9s).

Dans la Jérusalem céleste, « Dieu vit avec les hommes » (Ap 21,3) et les êtres humains sont des personnes, à l’image du Dieu Trinité, en communion éternelle avec le Christ, comme le Fils et l’Esprit sont en communion éternelle avec le Père. C’est une seule et même chose d’être un saint et d’être une personne, et c’est essentiellement dans la célébration de l’eucharistie, où nous sommes unis à l’Eglise d’en haut (He 12,22), que nous sommes sanctifiés, consacrés en tant que personnes par anticipation. Dans l’Evangile selon St Jean et dans le contexte eucharistique de la dernière Cène, Jésus prie le Père : « pour eux, je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité » (Jn 17,19).

Augustin et l’Occident. Dans les Confessions, Augustin décrit l’appel à la sainteté qu’il entendit avant son baptême, un appel à ne plus s’appartenir à lui-même, mais à Dieu. Il vit intérieurement la lumière immuable et transcendante de Dieu et fut bouleversé par un mélange d’amour, de crainte et d’un sentiment de dissemblance. Le Verbe de Dieu lui parla, et lui dit : « je suis la nourriture des forts. Grandis, et tu te nourriras de moi. Mais tu ne me changeras pas en toi, comme c’est le cas de la nourriture ordinaire ; c’est toi qui seras changé en moi ». Cela semble être une anticipation de la participation à l’eucharistie dans la communion de l’Eglise. Ces paroles du Christ signifiaient pour les auditeurs que par la réception de l’eucharistie, ils seraient incorporés davantage à l’Eglise. Augustin montre bien que la sainteté est ecclésiale en comparant la fabrication du pain eucharistique au processus d’entrée dans l’Eglise. Au début des Confessions, Augustin décrit ainsi la condition humaine : « tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ». Tout cœur a un élan naturel vers Dieu, autant dire une vocation à la sainteté. Cette description fait écho à celle d’Irénée, et annonce la doctrine de Thomas d’Aquin.

Pour Irénée, « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ». Dieu et l’homme sont mis en relation de manière dynamique, et la vision de Dieu est clairement posée comme la fin pour laquelle l’homme est fait. La cohérence de la tradition occidentale est manifeste quand on voit, plus de mille ans plus tard, Thomas enseigner qu’il y a un désir naturel de la vision surnaturelle de Dieu : « la fin d’une créature douée de raison est d’atteindre la béatitude » qui est « la vision de Dieu ». Plus précisément, « toute intelligence désire naturellement la vision de la substance divine ».

Grégoire Palamas et l’Orient. L’hésychasme. C’est la tradition orientale de prière intérieure qui remonte aux premiers siècles et qui fut défendue par Grégoire Palamas. Pour cette tradition, l’objet de la vision béatifique n’est pas l’essence divine, comme en Occident, mais les énergies incréées de Dieu. Ce sont ces énergies qui constituaient la lumière émanant du Christ au moment de la Transfiguration, lumière accessible dès ici-bas, selon cette doctrine, aux yeux purifiés des saints dans la prière. Les moines avaient recours à des techniques corporelles précises pour concentrer l’esprit et atteindre la « prière du cœur », et ils croyaient que cette méthode pouvait donner une expérience directe de Dieu. Quand Barlaam prétendit que cette pratique était contraire à l’esprit de la théologie, Palamas défendit la réalité de la communion avec Dieu. Son principe fondamental est la distinction entre l’essence et les énergies de Dieu et sa doctrine préserve à la fois la réalité de la transcendance de Dieu et la réalité de la divinisation de l’homme : si nous ne participons qu’aux énergies de Dieu, ces énergies sont néanmoins incréées et vraiment divines.

Complémentarité de l’Orient et de l’Occident. Pour Barlaam, cette distinction de l’essence et de l’énergie en Dieu se fait au détriment de la simplicité divine. Pour un autre théologien, Meyendorff, c’est la simplicité humaine de l’anthropologie byzantine qui est menacée par la distinction occidentale de la nature et de la grâce. Mais il faut voir que c’est au service d’un même but, sur lequel ils sont d’accord (ne jamais oublier la distinction entre le Créateur et la créature) qu’Orient et Occident mettent en œuvrent des stratégies différentes et incompatibles. Que ce soit la simplicité de Dieu ou celle de l’homme, l’une et l’autre doivent apparemment être brisées pour que soit créée en eux une sorte de distance qui empêche qu’on ne les pense comme égaux, l’homme devenant littéralement Dieu (ce qui est faux) ou Dieu donnant à l’homme d’avoir part à tout son être. Pour faire simple : seul le Créateur est saint en lui-même, et la créature est seulement appelée à la sainteté.

On doit bien à Athanase la vue fondatrice que le « Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu », mais on trouve aussi chez Thomas que « le Fils unique de Dieu assuma notre nature, afin que lui, fait homme, fit les hommes Dieu ». Le Catéchisme de l’Eglise Catholique unit à juste titre les deux propositions (§460). Il fait d’ailleurs volontiers appel aux Pères grecs pour mettre en valeur de mystère de la divinisation (§1589 et 1988), que catholiques et orthodoxes affirment tous deux quand ils décrivent la destinée de l’homme comme « sa déification par la victoire sur la mort ». Ce ne sont là que des aspects de l’unique mystère de l’appel à la sainteté, qu’Orient et Occident expliquent chacun à sa façon, avec des fortunes diverses.

Déification. Si l’Occident a pour souci le péché et la perte de la grâce, la « simplicité » anthropologique de l’Orient le fait se concentrer sur sa conséquence brutale, la mort. Pour Athanase, par exemple, « l’homme est mortel par nature, puisqu’il est issu du néant ». Le péché nous coupe de Dieu, il est une nouvelle menace de mort. L’âme n’est pas immortelle en elle-même, puisqu’elle aussi est créée et court le risque de retourner au néant. Ainsi est surmontée la tendance occidentale à distinguer un corps mortel et une âme immortelle : c’est le corps et l’âme, ensemble, qui ont été créés à l’image de Dieu. L’image tend vers la ressemblance, qui est la déification. Grégoire de Nazianze fait écho à ce que Basile de Césarée dit de l’homme, créature « qui a reçu l’ordre de devenir un dieu », bien que la distinction de l’essence et des énergies soit plus claire chez Basile.

C’est l’eucharistie surtout qui réalise cette déification. Grégoire de Nysse ne veut pas qu’on ait l’idée que l’élan vers Dieu aboutit à une vision statique : selon lui, même dans le monde à venir, nous irons « de commencement en commencement par des commencements qui n’auront jamais de fin ». Il ajoute qu’être « chrétien, c’est imiter la nature divine », montrant clairement ainsi que devenir de plus en plus ressemblant à Dieu (ce pour quoi il faut une libre coopération de l’homme), c’est devenir de plus en plus une personne, atteindre la plénitude de la nature humaine, tout comme en Dieu, chaque personne possède la totalité de la nature divine. La déification consiste donc à acquérir, non pas la nature divine, ce qui est impossible, mais la manière d’être divine de personnes en communion. Parce que cette divine manière d’être est entrée dans l’humanité par Jésus-Christ, la déification est atteinte par l’union sacramentelle avec lui, renforcée par la prière de Jésus. Le mois prochain, nous terminerons ce thème de la sainteté en voyant le rapport entre la nature et la personne. Pour conclure avec Vatican II et la canonisation des saints. +Franz

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