Mot du père Franz - Du 04 au 18 avril 2021

Il y a des catastrophes qui obligent à repartir de zéro. La mort du Christ fut, pour les disciples, ce type d’évènement. Mais la Résurrection a surimprimé une espérance indéracinable. Oui, tout est fragile –surtout en ces temps de pandémie- mais nous pouvons toujours repartir, recommencer. C’est profondément la Vie : recommencer toujours, chaque jour. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

L’espérance chrétienne ne se fonde pas sur un déni de la mort, bien au contraire, mais sur sa traversée. Pas sur le déni de la faiblesse de la vieillesse ou de la maladie, mais sur leur traversée, périlleuse, risquée, mais ce risque vaut la peine, car elle en appelle à la fraternité humaine, et parce qu’elle est indissociable de la vie. L’illusion de la vie parfaite –qu’elle soit dans l’angélisme ou hollywoodienne- ne vaut pas mieux que la « pureté » pharisienne : elle est promise à la même désillusion.

Vivre de Pâques, c’est peut-être consentir à l’impureté du monde, la sienne d’abord, non pas pour s’y complaire, mais pour oser la regarder en face. Vivre Pâque, c’est poser un acte de foi : croire profondément que la misère, la maladie, l’injustice sociales, nos vices et péchés –en gros tout ce qui est négatif- n’auront pas le dernier mot, croire que la Vie l’emporte toujours, bien au-delà de moi. Aucun de nous ne survivrait aujourd’hui s’il n’avait autour de lui, tous ces exemples d’une formidable espérance, d’une formidable solidarité, d’une mobilisation de toutes les générosités, qui l’emportent que ma peur, sur mes lâchetés, sur mon petit camp retranché.

La solidarité chrétienne, ouverte à plus qu’elle-même, sans exclusive, est la seule attitude vitale. Dans le mot « solidarité », il y a « solide » : « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Mc 12.10). Non pas refaire un monde parfait à soi tout seul, mais commencer seulement par ne pas refuser lamain tendue et tendre aussi la sienne.

Quand la barque de Pierre, après un coup de filet ingérable, s’est mise à tanguer et çà couler, Pierre et André ont appelé à l’aide l’autre barque. Et c’est ainsi seulement qu’ils ont pu sauver la mise (Lc 5). Il en faut du courage pour oser appeler au secours. Cela demande l’humilité de se découvrir impuissant, insuffisant. Même en Eglise, et surtout en Eglise ! Parce que cette pierre d’angle, c’est notre ADN !

Contre le levain de la peur et du repli, vivons modestement, mais autant que nous le pouvons, du levain de la solidarité, de la fraternité. Alors Pâques sera proclamé dans le monde, et les exclus de notre monde en deviendront des pierres solides.

+Franz

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