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Mot du père Franz - Du 10 au 25 septembre 2022

Profitant de quelques jours de repos, je décidais de faire une petite marche dans les Pyrénées, de bonne heure à cause de la chaleur annoncée. J’aime ces moments de communion avec la nature où seul le chant des oiseaux vient troubler la quiétude. Mais la civilisation n’est jamais loin ! En effet, des panneaux se trouvaient là, alternant des informations géologiques, écologiques, historiques ou… « attention au troupeau de vaches » ( !) ponctuaient le GR. L’un d’eux m’arrêta plus particulièrement. Il y avait écrit un proverbe chinois : « arbre renversé par le vent avait plus de branches que de racines ».

En faisant mémoire de notre histoire commune, je me suis dit que nous avons été bien secoués depuis plus de deux ans par de multiples crises et nous avons de quoi nous sentir, parfois ou souvent, renversés, abattus, comme après une tempête. Ce n’est pas seulement le sol qui semble se dérober, mais tout ce qui nous tient debout et nous retient semble également nous lâcher. Nos plus belles branches, les aspects visibles de nos réussites, ne signifient pas forcément que noter arbre –notre « je »- est solide.

Les racines, elles nous renvoient à creuser invisiblement la terre, à puiser plus profondément pour y trouver l’eau vive de la source intérieure, alors que la tentation rapide est de se contenter du bruit de la surface du monde. St Paul écrivait en son temps aux Colossiens : « Soyez enracinés dans le Christ ». Notre foi nous pousse à creuser au-dedans de nous-mêmes et à y découvrir l’hôte intérieur, invisiblement présent.

Chacun de nous a probablement construit au fil des années, sa petite cabane à outils qui lui permet de prendre soin de ses racines et de sa vie intérieure : le silence, la marche, la lecture, la prière, le bricolage, le jardinage, participer à un mouvement ou un service… à chacun ses lieux de ressourcement ! En continuant mon chemin, je me suis rappelé de cette devise des Chartreux « la terre tourne mais la Croix demeure ». Oui, la Croix n’est-elle pas l’arbre planté en terre qui porte celui qui nous ouvre le passage de toute mort à la vie ?

Alors oui, cette année, enfin, nous vivons notre rentrée sans être confinés, sans obligation de porter un masque. La rentrée est « normale », on avait presque perdu l’habitude ! Des promenades

normales (souvenez-vous de l’époque où il n’était pas autorisé de faire le tour de son pâté de maisons), des barbecues normaux entre amis où nous avons pu, sans distance de sécurité, trinquer au verre de l’amitié, rire ensemble, se murmurer des choses à l’oreille. Cela nous avait manqué. Beaucoup.

Mais cette pandémie nous a fait découvrir la grande importance de ces petites choses : serrer une main, sentir un souffle… L’importance de n’être pas seul, de voir et de toucher autrui, de respirer le grand air, d’aller et venir comme bon nous semble. Ces choses qui nous semblaient si évidents mais qui nous ont été un temps enlevé, nous a permis de les retrouver plus fortement ! Pour nous, chrétiens, il y a sûrement une leçon à recevoir. Ce dont nos frères et sœurs ont besoin d’abord, ce ne sont pas des beaux discours, ni des idées, des codes de morale ou de programmes. Discours, idées et programmes sont utiles mais ils ne sont pas premiers.

Ce dont nos frères et sœurs ont besoin, c’est d’un vrai accueil fraternel, d’un sourire, d’un encouragement, d’une présence bienveillante, d’une voix et d’un corps amis. Ils ont besoin de se sentir respecter, aimé, de ressentir un cœur qui bat. La charité commence par là ; l’annonce de l’Evangile aussi. Avant même de parler, Jésus aimait ceux qu’il renc ontrait, et bien souvent, le miracle s’est produit quand Jésus a touché ou s’est laissé toucher.

Ils ont besoin de sentir l’amitié, de ressentir qu’ils sont membres de la même famille humaine et en Christ. Oui, ils ont besoin de vivre cette réalité incarnée : toucher le Corps du Christ ! Ils ont besoin de l’essentiel qui est bien souvent en-deça et au-delà des mots.

C’est pour cela que je n’irai pas plus loin pour ce mot de rentrée ; juste une invitation : prenez la main -en main- (de) quelqu’un. Vous donnerez et recevrez beaucoup plus que ce que mes pauvres mots pourraient dire. Belle rentrée fraternelle à tous et à chacun !

+Franz

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