Mot du père Franz - Du 12 juin au 27 juin 2021

En ce weekend où nous célébrons plus particulièrement Ste Germaine à Promilhanes, il est beau que ce soit sous le signe d’un repas fraternel ! Et quel repas inhabituel ! J’ai toujours été frappé par le nombre de fois où l’Evangile nous montre Jésus à table : repas de noces à Cana, repas chez les Publicains et les pécheurs (comme chez St Matthieu), repas avec des Pharisiens, repas d’amitié chez Lazare, Marthe et Marie, repas de la multiplication des pains, repas où Jésus est l’invité, repas où c’est Jésus qui invite… Il y a toujours des repas !

Mais de tous ces repas, le plus grand, le plus significatif est un repas de fête, le repas de la Cène, du Jeudi Saint, le dernier repas, celui qui est raconté dans l’Evangile du Dimanche de la « Fête Dieu ». Fête car c’est un repas liturgique. On fêtait le mémorial de la libération d’Egypte et on respectait toute une série de rites. Jésus est (presque) totalement fidèle à la Tradition.

Mais voilà que subitement tout bascule. Rompant le pain, Jésus déclare que c’est son corps livré ; faisant circuler la coupe, il annonce que c’est son sang qui sera versé le lendemain sur la Croix, qui sera offert pour la multitude. Changement radical : il ne s’agit plus de rendre présent le passé de libération, mais d’englober tout l’avenir de l’Humanité jusqu’à la fin des temps ! La libération de l’esclavage d’Egypte devient le signe d’une libération et d’une alliance universelles, qui sera scellée quelques heures plus tard sur le lieu dit « du crâne ».

Alors, dire merci (qui est le sens du mot « eucharistie ») ? Comment le Christ a-t-il pu, sachant ce qui allait lui arriver, dire merci à Dieu ? Puisque c’est cela, le chant d’action de grâce mentionnée par l’Evangile. Et rendre grâce, c’est « dire merci ». Comment Jésus a-t-il pu, sachant qu’il allait être trahi, renié, arrêté, battu, torturé, mis à mort, crucifié… comment a-t-il pu dire merci à Dieu ? Je n’ai pas de réponse, mais je crois qu’il faut en être arrivé à un incroyable degré d’intimité avec le Père, comme s’il avait épousé totalement le destin du monde, pour pouvoir, à ce moment-là, dire merci.

Et bien, ce que Jésus fait ce soir-là, nous le faisons nous aussi chaque weekend. On dit « je vais à la messe » ou plutôt « je suis invité au repas du Seigneur ». Les deux sont essentiels : être invité est une preuve d’amitié et notre réponse reste libre. Mais si nous refusons sans cesse l’invitation d’un ami, quel avenir pour cette amitié ? Quant au mot « messe », n’oublions pas que cela vient d’un mot latin qui signifie « mission ». Il indique le fruit du repas du Seigneur : se laisser envoyer pour la gloire de Dieu et le salut du monde ! Rien que cela ! Il s’agit d’essayer de vivre ce qu’on a célébré.

Quand on me dit « vous avez fait une belle messe », j’aime répondre : « normal, le Seigneur était là ! ». Parce que sinon, on reste autocentré : l’organiste a joué un magnifique morceau, la chantre s’est surpassée, le curé a fait une homélie de feu, l’assemblée était vivante et nombreuse… On croirait que tout dépend de nous.

Tout ceci est bien sûr important, mais ce n’est pas l’essentiel : même si rien de tout cela n’existe, l’Eucharistie est toujours réussie, parce qu’elle est don de Dieu aux hommes. Nous avons simplement, d’abord, à accueillir le don de Dieu, à le mettre dans nos vies pour, ensuite, le restituer dans notre vie quotidien, le rayonner autour de nous et en nous.

« Deviens ce que tu reçois », écrivait Saint Augustin. Célébrons de tout notre cœur, avec nos chants de joie, cette fête du Corps et du Sang du Christ. En gardant dans le cœur que la plus belle des célébrations, ce sera celle qui commencera, une fois que nous aurons franchis les portes de cette église, quand nous aurons à témoigner de Jésus-Christ, vivant par nos prières, nos actes et par toute notre vie.

+Franz

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