Mot du père Franz - Du 24 juillet au 10 août 2021

Quand on lit avec assiduité les Evangiles, on se rend compte qu’il y a des petits détails qui peuvent étonner. Par exemple, lors de la Multiplication des pains, je me suis demandé pourquoi Jean notait avec insistance que Jésus avait voulu mettre Philippe à l’épreuve en lui disant : « comment allons-nous pouvoir nourrir tout ce monde ? ». Au fond, cette interpellation était toute naturelle : 5.000 personnes sans compter les femmes et les enfants ! Mais en y réfléchissant bien, je crois que Jésus a voulu expliquer à Philippe –et donc à chacun de nous- quelque chose de très important ! Au cœur de l’été, prenons le temps d’y voir plus clair.

On constate que Jésus parle de nourriture, Philippe répond « travail ». Même si on ressent la vérité de la messe « fruit de la terre et du travail des hommes », Philippe semble avoir oublié que toutes les nourritures, que tous les biens de la terre, avant d’être le fruit du travail humain (qui vient en deuxième position dans la citation de l’eucharistie), sont d’abord un don de Dieu !

Je pense que c’est bien cela que Jésus désire nous rappeler : en nourrissant une foule considérable, Il nous montre que c’est grâce à Dieu, qui nous a donné cette terre si fertile, ce soleil si nécessaire, cette eau si précieuse, que nous pouvons nous nourrir. Il n’y aurait pas de vie possible sans ces dons divins. Et nous, gens des civilisations industrielles, nous l’avons bien oublié. Quelque part, nous sommes comme Philippe : c’est uniquement grâce à notre travail que nous pouvons manger. Et pourtant, tous les jours en célébrant l’eucharistie, j’affirme : « tu es béni, Dieu de l’univers, Toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes ». Oui, avant d’être le fruit de notre travail –et c’est important de respecter la valeur du travail !-, toute nourriture est un don de Dieu.

Dieu se donne : vous l’avez remarqué, Jésus ne se contente pas de partager les cinq pains et les deux poissons. Il va multiplier la nourriture en faisant des gestes, en prononçant des paroles qui annoncent l’Eucharistie. Il prononce la bénédiction, il rend grâce à Dieu, avant de rompre et partager le pain. Et, ce faisant, il nous fait signe. Comme s’il nous faisait un clin d’œil pour nous dire : « Attention ! Dieu, ce n’est pas seulement celui qui est capable de nourrir l’Humanité. Dieu, c’est celui qui se donne lui-même en nourriture au monde ». Oh oui, il a donné son Fils unique et celui-ci s’offre en nous partageant le pain et le vin. Il nous dit bien « prenez, ceci est mon corps ; ceci est mon sang ». C’est-à-dire : « c’est ma propre vie que je vous donne, nourrissez-vous de moi » !

Dieu a voulu avoir besoin des hommes : Oui, pour en arriver là, Dieu a besoin des hommes ! Il faut qu’il y ait un jeune garçon avec cinq pains et deux poissons. Ce jeune aurait pu dire : « non, vous n’avez pas le droit de prendre cela, c’est à moi ; c’est ma propriété »… Il a fallu qu’il dépasse le sentiment naturel de propriété, d’appropriation des biens, pour partager. Comme si Jésus nous rappelait : « Attention ! Le salut que je donne, ce n’est pas du tout-cuit ! Il exige votre acceptation, votre participation, votre travail ».

Mon travail, notre travail n’est pas seulement pour nous. Il est aussi pour toute l’Humanité. Il n’est pas fait seulement pour gagner de l’argent pour vous, pour votre famille (même si c’est essentiel !). Il est fait aussi pour que tous les hommes puissent en profiter. On le comprend facilement dans le cas de celui qui a des responsabilités, un chercheur par exemple : son travail n’est pas seulement pour de l’argent, de la reconnaissance, de la réussite personnelle mais d’abord un service de toutes les grandes causes humaines.

Mais pour toute personne humaine, c’est ainsi, chacun à son niveau. Mon travail sert l’humanité toute entière. Aussi, il faut nous interroger : est-ce que nous sommes capables d’apporter par notre travail une réponse à toutes les faims des hommes de notre temps ?

« Est-ce que Dieu est avec nous ? », se demandaient les Hébreux dans le désert. Oui, nous répond Jésus en multipliant les pains pour la foule. Il est avec nous, bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Non seulement parce qu’il nous donne la possibilité de nous nourrir, mais parce qu’en se donnant lui-même en nourriture, il veut apaiser toutes les faims humaines. A une condition : c’est que les hommes acceptent le partage, collaborent à son œuvre d’amour. Au cœur de cet été et peut-être de nos vacances, posons-nous en vérité la bonne question : le croyons-nous ? Le vivons-nous ?

+Franz


5 vues0 commentaire