Mot du père Franz - Du 30 avril au 22 mai 2022

Nos petits-fils iront à pied

Tout le monde le dit, nous assistons à un changement d’époque. Le côté tragique de l’Histoire est de retour. Il semblait avoir disparu définitivement de la vie des hommes. Mais cette paix moderne n’était qu’illusion fondée sur des chimères. Ce qui se déroule sous nos yeux, ce n’est pas la fin de la paix ou le retour du tragique, mais la dissipation de l’écran de fumée construit par l’idéologie occidentale impérialiste qui a régné sur le monde après la Seconde Guerre Mondiale. Un monde où le progrès des techniques, du commerce et de la démocratie libérale devait assurer douceur, calme et volupté…

Les enfants gâtés qui ont fait Mai 68 ont dirigé le monde depuis 50 ans (y compris dans le clergé et dans l’Eglise). Sous prétexte que les anciens avaient engendré deux guerres mondiales et toutes sortes d’abominations, ils se sont donné le droit de juger et de condamner leur héritage. Mais qu’ont-ils fait mieux ?

Possédant un pouvoir démesuré sur la société, sur les esprits et sur l’environnement, ils ont poussé à fond leur conception de la liberté : libertarisme politique, libertinage moral, libéralisme économique… ils ont promis un monde épanoui grâce au « tout est permis »… Comme au Bal Masqué de la Compagnie Créole ! Ils ont réussi à transformer la société en un vide immense et permanent : au carnaval comme au chanté Noël ; à la mi-Carême comme à Pâques, dans les médias comme dans les enterrements, et même à la messe…

L’heure est au bilan… Le monde (en réalité « l’Occident ») se croit plus riche, plus libre, plus savant que jamais. Ce n’est pas entièrement faux, mais, malgré des repentances affichées, il est plus impérialiste que jamais. Pourtant, loin de générer les temps heureux, pacifiques, et prospères promis, l’idéologie dominante a produit désespérance, désillusion, gaspillage, clivages, drogues, violences, débauche, suicides, angoisse, sentiment de malédiction… bref, une grande déception ! Le bonheur et la joie de vivre ne sont pas au rendez-vous des petits enfants de la génération qui avait 20 ans en 68.


Depuis quelques mois, les fumées se dissipent. Le virus du Covid19, la guerre en Ukraine et les crises successives sont venues gifler les idoles faites de mains d’hommes. Tout s’est révélé « vanité et poursuite de vent » (Ecl 1,14). Les œuvres de l’esprit humain, quand elles ne craignent pas Dieu, se révèlent être de terribles maîtres. En faisant disparaître le Bon Dieu, ses serviteurs, sa liturgie et même Son Nom, notre société fondée sur l’humanisme, la science, la politique et l’économie s’est fourvoyée. Loin de libérer l’Homme, elle l’a aveuglé, asservi, puis envouté.

J’ai trouvé sur Youtube la vidéo d’un homme qui racontait « Mon grand-père marchait 16 km, mon père en faisait 8, moi je roule en Cadillac, mon fils est en Mercedes et mon petit-fils sera en Ferrari… mais mon arrière-petit-fils marchera de nouveau. Pourquoi ? Parce que les temps difficiles font des hommes forts, les hommes forts créent des temps faciles, les temps faciles font des hommes faibles et les hommes faibles créent des temps difficiles ».

Je crois que les temps difficiles sont revenus… C’est quelque part une bonne nouvelle : nos petits-enfants marcheront de nouveau, ils seront plus pauvres, mais ils seront plus dignes que leurs pères ! Il y aura des guerriers dans le monde et des martyrs dans l’Eglise, mais la Semaine Sainte nous y a préparés…

+Mg David Macaire, Archevêque de Fort de France

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