Saint HERMELAND


Saint Hermeland Abbé d’Indre - Confesseur (✝ 718)

Saint Hermeland naquit vers l’an 645, d’une famille illustre de Noyon. Ses parents ne négligèrent rien pour son éducation. Le jeune Hermeland, doué d’un naturel heureux, l’emporta facilement sur ses condisciples ; mais il se faisait plus encore remarquer par une gravité et une pureté de moeurs qui excitaient l’admiration de tous. Sa famille comprit qu’il pouvait prétendre aux premières positions dans le monde, et à peine eut-il achevé le cours des études, qu’il fut envoyé à la cour de Clotaire, roi des Francs.

Le serviteur de Dieu avait déjà appris à préférer la gloire du Ciel, qui ne passe pas, à tous les honneurs et à toutes les prospérités fragiles de la terre. Il suivait, pour obéir à la volonté de ses parents, la carrière des armes, et vivait à la cour ; mais les aspirations secrètes de son coeur étaient toutes contraires aux projets qu’on formait pour lui. Pendant qu’il portait extérieurement l’habit guerrier, il cachait en son âme l’amour de la solitude, et n’aspirait qu’à suivre Jésus-Christ dans la vie parfaite. Ses qualités aimables lui rendaient cependant facile la voie des honneurs. Le roi et les grands de la cour le prirent en affection ; il ne tarda pas à être nommé chef des échansons. C’était alors, au témoignage de son ancien biographe, une charge importante parmi les officiers du palais. Ses parents, attentifs à préparer tout ce qui pouvait lui assurer un brillant avenir, obtinrent pour lui la main d’une jeune fille appartenant à l’une des premières familles de la cour de Clotaire. Déjà on avait célébré les fiançailles et fixé le jour du mariage. La grâce, qui sollicitait le coeur d’Hermeland, parla plus haut que l’affection de ses proches. Il se résolut à briser les liens que l’on avait noués peu à peu autour de lui, et qui allaient l’enchainer pour toujours dans le monde. Embrassant généreusement la croix de Jésus-Christ, il entra dans la voie royale de la perfection évangélique. Le roi Clotaire qui l’aimait lutta longtemps contre les pieux désirs du jeune officier de sa cour. Vaincu enfin par la constance d’Hermeland, il lui permit de suivre sa vocation, et le serviteur de Dieu se rendit avec empressement au monastère de Fontenelle, dans le diocèse de Rouen. Cette maison était alors sous le gouvernement de l’abbé Lambert, homme vénérable par sa vertu. Hermeland, admis au noviciat, se montra si parfait observateur de la règle, que non seulement il l’emportait sur les nouveaux venus dans la religion, mais qu’il surpassait même ceux qui, parvenus déjà à un âge avancé, avaient une longue pratique des observances monastiques. Son noviciat régulièrement achevé, il prononça ses voeux. Admirable de générosité dans le service de Dieu, il repoussait promptement les tentations du démon, sans jamais y céder, dans les choses même légères, et, comme le dit son ancien biographe, il brisait la tête du vieux serpent, dès qu’elle cherchait à se montrer.

L’abbé Lambert, admirant la vertu du jeune religieux, voulut qu’il fût ordonné prêtre, persuadé qu’il s’acquitterait dignement du saint ministère de consacrer le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne s’était pas trompé : Hermeland, après son ordination, fut un modèle de la perfection sacerdotale. Il offrait chaque jour, avec une merveilleuse piété, le saint sacrifice de la messe ; et, en même temps, il devenait lui-même une hostie vivante, offerte à Dieu par une perpétuelle mortification.

Pendant qu’Hermeland ne songeait qu’à se sanctifier dans son monastère, la Providence le destinait à une autre mission. Le saint évêque Pasquier occupait alors le siége de Nantes. Sous l’influence de ses pieuses exhortations, les Nantais conçurent un vif désir de voir fonder dans leur pays un monastère qui serait pour tous un exemple vivant de la perfection évangélique. Saint Pasquier se rendit avec empressement au désir de son peuple. Le monastère de Fontenelle florissait par le fervent accomplissement des observances religieuses et sa réputation s’étendait au loin. Ce fut à cette abbaye que le saint évêque de Nantes s’adressa pour obtenir une fondation dans son diocèse. Les envoyés allèrent trouver l’abbé Lambert. Celui-ci, ayant connu le but de leur voyage, en rendit grâces à Dieu, et, ayant appelé Hermeland, il pria les envoyés d’exposer de nouveau en sa présence la demande de saint Pasquier : « Les voeux de votre évêque et de son pieux troupeau, répondit Lambert aux envoyés, ont été inspirés de Dieu et sont l’expression de la dévotion la plus pure. Je voudrais m’y associer, et bien que je dusse me priver d’une grande consolation, je serais tout disposé à faire ce que vous demandez à ma pauvreté, en vous donnant notre très cher frère Hermeland et quelques autres frères avec lui, si je pouvais être assuré que le nouveau monastère sera fondé en de telles conditions de stabilité que les religieux n’y seront pas troublés à l’avenir. Notre vie monastique exige une grande tranquillité, et la contemplation des choses célestes, à laquelle nous devons nous cossacrer, ne peut s’allier avec les agitations et les discussions que des hommes malintentionnés nous suscitent ». L’abbé de Fontenelle demanda donc que le nouveau monastère, comme cela se pratiquait alors, fût placé sous la protection de l’autorité royale, par un privilége d’exemption qui mit les religieux à l’abri des troubles et des inquiétudes pour l’avenir. Il n’était pas rare, en effet, à cette époque agitée, de voir les grands, poussés par l’ambition ou la cupidité, convoiter les évêchés et les abbayes, au mépris de toutes les règles de la discipline ecclésiastique.

« N’ayez aucune crainte de ce genre, mon Père, se hâtèrent de répondre les Nantais. Vous pouvez avoir pleine confiance dans la bonté de notre Père Pasquier, et, Dieu aidant, il fera cette fondation d’une manière conforme à tous vos désirs ».

Rassuré par les promesses des envoyés, le vénérable abbé Lambert se tourna vers Hermeland : « Mon très cher frère, lui dit-il, je me confie entièrement dans votre vertu religieuse. Votre éloignement m’imposera, j’en suis sûr, le plus grand sacrifice, et néanmoins, je veux vous envoyer au vénérable évêque Pasquier, avec douze frères dont je vous établis le père à ma place, afin qu’il fonde, sous votre direction, le nouveau monastère. Je ne veux pourtant rien faire sans votre avis ; mais je remets à votre jugement et à votre discrétion toute la décision de cette affaire ». — « Mon Père, repartit le serviteur de Dieu, ne vous arrêtez pas à consulter sur ce point ma volonté, que j’ai entièrement remise entre vos mains. Partout où il vous plaira de m’envoyer, je tacherai d’aller, comme si j’en avais reçu l’ordre de Dieu même ». Alors l’abbé Lambert, rempli de joie et félicitant Hermeland de son obéissance : « Courage, mon fils, lui dit-il, mettez-vous en chemin, comme un vrai soldat du Christ ; commencez cette grande oeuvre qui vous méritera l’entrée dans le royaume des Cieux, à vous et à bien d’autres ».

Après avoir fortifié par ces exhortations Hermeland et les religieux qu’il lui donnait pour compagnons, et leur avoir surtout recommandé de conserver leurs saintes règles avec une fermeté inébranlable, l’abbé Lambert les embrassa avec larmes ; et les moines de Fontenelle, ayan t donné le baiser de paix aux voyageurs, leur adressèrent un dernier adieu en disant : « Que la grâce de la très sainte Trinité vous accompagne, qu’elle dirige toutes les oeuvres de vos mains et protège toujours le lieu de votre habitation, pour le salut de beaucoup d’âmes ». Puis Hermeland et ses compagnons, ayant demandé et reçu la bénédiction, que l’abbé Lambert leur donna avec effusion de coeur, se mirent en route avec les envoyés de saint Pasquier. Ils priaient Dieu avec instance de bénir leur entreprise, et arrivèrent ainsi à Nantes.

Hermeland et les religieux qui l’accompagnaient se rendirent tout d’abord à la basilique de saint Pierre et de saint Paul, pour y faire leur prière. Le vénérable évêque, apprenant leur arrivée, s’écria, transporté de joie : « Le Seigneur s’est souvenu de moi et daigne accomplir tous mes voeux ». Et s’empressant d’aller au-devant des voyageurs, qu’il rencontra sur le seuil de la cathédrale, il dit au bienheureux Hermeland : « Béni soit le Seigneur qui m’a envoyé pour vous recevoir à votre arrivée, et qui daigne accomplir aujourd’hui ce qu’il a dit par la bouche de David : Qu’il est bon et doux pour les frères d’habiter ensemble ! ». Puis, ayant fait servir à manger aux hôtes qu’il recevait comme les anges de Dieu, il leur exposa tous ses projets pour la fondation du monastère. Le bienheureux Hermeland, de son côté, fit connaître à saint Pasquier les difficultés que l’abbé Lambert avait craint de rencontrer et les assurances que les envoyés de Nantes avaient données en son nom. « Et maintenant, ajouta-t-il, si votre sainteté croit pouvoir acquiescer aux pensées exprimées par notre Père, nous ferons tous nos efforts pour réaliser vos projets, selon que le Seigneur en fera la grâce à notre petitesse. Si les conditions proposées ne conviennent pas à votre paternité, nous ne romprons pas pour cela les liens de la charité, et nous retournerons en paix vers notre Père, comme il nous en a donné l’ordre ». - « Personne plus que moi, répondit saint Pasquier, ne désire assurer la stabilité d’une maison dont je vais être le fondateur. Aussi, non seulement, selon le conseil de votre Père, et la promesse de nos envoyés, je suis disposé, en me conformant aux règles canoniques, à vous mettre sous la protection royale, vous, la maison que nous allons bâtir, avec toutes ses dépendances, et à obtenir le décret authentique de cette protection ; mais j’aurai soin de régler tout ce que je verrai avec vous être utile et avantageux pour assurer la tranquillité du monastère. C’est à vous d’examiner et de rechercher avec prudence les moyens d’exécuter ce que je désire ». Le bienheureux Hermeland, reconnaissant dans ces paroles l’entier désintéressement avec lequel agissait le saint pontife, repartit humblement : « Que le Seigneur, qui a été l’inspirateur de votre pieux dessein, vous accorde de le voir réaliser selon votre coeur, et conduise à bonne fin tous vos projets ! Pour moi, encouragé par votre bénédiction. je tâcherai, demain, de vous faire connaître tout ce que je pourrai entreprendre désormais avec la volonté du Seigneur ».

Le lendemain, dès le point du jour, le bienheureux Hermeland, ayant achevé l’office des matines, vint trouver saint Pasquier et le pria de lui faire préparer une barque, dans laquelle il descendrait la Loire avec ses compagnons et en examinerait les rives jusqu’à la mer. S’il ne trouvait pas sur les bords du fleuve un endroit convenable pour y bâtir un monastère, il se proposait d’en chercher un à droite et à gauche dans l’intérieur des terres. « Je ne crois pas, lui répondit le saint évêque, que vous soyez obligé de descendre jusqu’à la mer. Il existe, à la distance de trois milles, quelques îles entourées des eaux de la Loire, visitées deux fois chaque jour par le flux de la mer, qui remonte même jusqu’à sept milles à l’orient de la ville de Nantes. Quelle est la fertilité de ces îles, quelle en est l’étendue ? Je ne saurais le dire, n’ayant pu les parcourir et les examiner, à cause des occupations de ma charge pastorale. Visitez-les avec attention, et vous y trouvez un lieu propre à la construction du monastère, ne tardez pas à venir m’en rendre compte ». Saint Pasquier fit aussitôt préparer une barque, et, en y entrant, le bienheureux Hermeland adressa à Dieu cette prière : « Seigneur, distributeur de tous les biens, qui avez ouvert autrefois un chemin à votre peuple à travers la Mer Rouge, pour le conduire dans la terre promise, faites-moi la grâce de marcher dans la voie droite, et d’aller, sans m’écarter, jusqu’au lieu que vous avez daigné préparer pour l’habitation de vos serviteurs, et d’où ils puissent mériter de parvenir, non à la jouissance du bonheur terrestre, mais à la céleste félicité ». Le navire arriva promptement à la plus grande des îles dont saint Pasquier avait parlé, et le bienheureux Hermeland, étant descendu à terre, se mit à la parcourir. Cette île, dont l’ancien historien du saint se plaît à faire une description tout embellie d’images gracieuses, était traversée dans sa longueur par des collines élevées, et mise ainsi à l’abri des inondations du fleuve et des grandes marées qui couvraient souvent la vallée et les îles voisines. Elle offrait un lieu sûr pour l’habitation, des terrains propres à la culture des vignes et des jardins entourés de prairies. On y trouvait d’épaisses forêts, et, à raison de plusieurs endroits profonds et retirés qu’on y rencontrait, le saint lui donna le nom d’Antrum, Antre, qui est devenu dans l’usage vulgaire : Aindre ou Indre. Il y avait au midi une autre île, semblable à la première, quoique plus petite ; il l’appela Antricinum ; c’était un diminutif du mot Antrum, qu’on pourrait traduire par Aindrette ou petite Aindre. De nombreux bergers venaient faire paître leurs troupeaux dans ces îles, et les pêcheurs fréquentaient les eaux environnantes, où le poisson se trouvait en une abondance merveilleuse. Du reste, on n’y entendait que le chant des oiseaux ; et le silence de la solitude semblait inviter les visiteurs à la vie érémitique. Le bienheureux Hermeland, soit en voyant de ses yeux, soit en apprenant des gens du voisinage tout ce qui concernait ces îles, fut rempli de joie : « Béni soit votre nom dans tous les siècles, s’écria-t-il, ô sainte et glorieuse Trinité, pour avoir conduit votre serviteur dans un lieu plus admirablement disposé que tous les monastères qu’il m’a été donné, dans ma petitesse, de visiter ! Et maintenant, Seigneur, je vous en conjure, soyez l’édificateur et le gardien perpétuel de cette maison que nous allons fonder ».

Retournant aussitôt vers saint Pasquier le bienheureux Hermeland lui rendit compte de son voyage : « Je dois avouer, dit-il, que je n’ai jamais vu de lieu aussi beau et aussi convenable pour la vie monastique, que celui que j’ai eu le bonheur de rencontrer dans les deux îles visitées par moi ». A ce récit, le pieux évêque ne put contenir sa joie : « Béni soyez-vous, ô mon Dieu ! s’écria-t-il à son tour. Oui, le Seigneur soit béni qui vous a envoyé, ajouta-t-il en s s’adressant à Hermeland, et qui, dans sa grande miséricorde, vous a montré un lieu où mes voeux pourront être réalisés pour le salut éternel des âmes ». Les deux serviteurs de Dieu passèrent toute la journée à conférer ensemble sur la manière de mener à bonne fin leur sainte entreprise ; ils s’entretinrent de pieux discours, et, après s’être mutuellement encouragés en parlant de la vie éternelle, ils prirent leur repas, et, ayant récité les hymnes et les prières accoutumées, se retirèrent pour goûter un peu de repos. Après un court sommeil, ils consacrèrent le reste de la nuit aux louanges de Dieu.

Dès le lendemain, le bienheureux Hermeland se mit en devoir de commencer son oeuvre. « Puisque Dieu a daigné me montrer un lieu admirablement préparé pour la réalisation de nos communs désirs, dit-il au vénérable évêque, je ne veux mettre aucun retard ; mais j’y retournerai immédiatement avec votre bénédiction ; et, Dieu, aidant, moyennant votre concours et celui qu’on voudra bien nous donner, je commencerai à bâtir ». « Que le Créateur de toutes choses, lui répondit saint Pasquier, qui donna autrefois à Salomon la prudence et la sagesse pour lui élever une demeure digne de lui, vous accorde sa grâce et sa bénédiction, et dirige toutes vos oeuvres selon sa volonté ! Je n’omettrai pas de subvenir aux dépenses, puisque les ressources sont toutes prêtes, et nos ouvriers feront tout ce que vous leur commanderez. ». Les deux saints se donnèrent le baiser de paix, et le bienheureux Hermeland reprit le chemin de sa chère île. Ayant aussitôt choisi un emplacement convenable, il jeta les fondements d’une maison suffisante pour l’habitation des frères, et de deux basiliques, l’une dédiée à saint Pierre et l’autre à saint Paul. Dieu bénit ses travaux, et le monastère, avec ses cloîtres et ses sanctuaires, fut promptement achevé.

Saint Pasquier vint en faire la dédicace, accompagné de ses chanoines ; et, selon sa promesse, il remit au bienheureux Hermeland et à ses religieux un privilége d’exemption, pour les mettre à l’abri de toute exaction. Puis, s’étant rendu avec lui à la cour du roi Childebert, il plaça le monastère sous la protection royale, et fit tous les actes nécessaires pour en assurer la stabilité, selon l’usage de ce temps. Le serviteur de Dieu, honoré de l’amitié du roi, revint à son monastère et se livra tout entier à son oeuvre. Un grand nombre d’hommes quittaient le monde pour embrasser dans sa maison la vie monastique. Plusieurs parents venaient y offrir leurs enfants jeunes encore, pour y être élevés dans la crainte du Seigneur. Le bienheureux Hermeland leur enseignait à tous, par ses exemples et par ses paroles, la règle d’une vie céleste. Les religieux d’Indre, sous la conduite de ce grand et saint abbé, vivaient dans une si grande perfection que leur renommée s’étendait au loin ; et tous ceux qui entendaient parler du nouveau monastère glorifiaient Dieu, dont la grâce éclatait dans les oeuvres de ses serviteurs.

Nous regrettons que l’ancien biographe du saint ne nous ait pas raconté avec plus de détails la vie qu’il mena dans le monastère d’Aindre. Il s’est borné à recueillir un certain nombre de faits miraculeux par lesquels Dieu se plut à manifester et à récompenser la vertu éminente de son serviteur. Nous en choisirons quelques-uns qui nous aideront à mieux connaître le caractère et la vertu de saint Hermeland.

L’homme de Dieu passait la nuit en prière, selon sa coutume, dans l’oratoire de saint Pierre, lorsqu’il vit l’âme du vénérable Mauronce, abbé de Saint-Florent, portée au Ciel par les anges. Le monastère de Saint-Florent était éloigné de trente milles de celui d’Aindre. Aussitôt il donne le signal, convoque tous les frères, et leur dit avec une grande charité de prier ensemble et de recommander à Dieu le passage de l’abbé Mauronce à une vie meilleure. Le lendemain, des religieux de Saint-Florent vinrent apporter le triste message à ceux d’Aindre ; on leur demanda à quel moment l’abbé Mauronce avait quitté ce monde, et on reconnut que c’était à l’heure même où le bienheureux Hermeland avait annoncé sa mort et l’avait recommandé aux prières des frères.

Un autre jour, le saint voyageait dans le pays nantais avec quelques religieux. Il rencontra un homme fort riche, nommé Arnaud, qui était accompagné d’une suite nombreuse. Le serviteur de Dieu l’entretint longtemps des choses spirituelles, en se servant de l’autorité de la sainte Ecriture. Puis, s’adressant à l’un des frères : « Nous avons offert, autant qu’il était en notre pouvoir, lui dit-il, un breuvage spirituel à cet homme illustre. La charité demande que nous prenions avec lui un rafraîchissement corporel ». Le frère lui répondit qu’il ne restait plus qu’un peu de vin dans un tout petit vase suspendu à la selle de son cheval, et qui ne contenait guère qu’une hérnine. Mais l’homme de Dieu, plein de foi et de confiance en Celui qui, avec cinq pains, avait nourri cinq mille hommes, fit apporter le vase, et, ayant fait dessus le signe de la croix, ordonna qu’on en offrît à Arnaud et à sa suite. Il versa lui-même ce vin, en rendant grâces à Dieu ; tous reçurent un plein verre, et le vin ne cessa de remplir le vase pendant que le bienheureux Hermeland le distribuait. On conservait encore ce vase dans le monastère d’Aindre, en témoignage du miracle, lorsque le biographe du saint écrivait.

Le bienheureux Hermeland, en une autre circonstance, était assis sous un arbre, près de l’oratoire de saint Léger, dans son monastère, et, tout occupé à l’étude, il lisait avec plus d’attention que de coutume. Des chenilles nombreuses dévoraient les feuilles de l’arbre sous lequel était assis le serviteur de Dieu, et, tombant souvent sur son livre, venaient interrompre sa lecture. Comme il était très doux, il supportait patiemment cet ennui. Un frère, qui s’en aperçut, voulut écraser les chenilles avec le pied. « Laissez-les, répondit saint Hermeland, et ne détruisez pas les insectes qui nous sont envoyés par le jugement de Dieu ». La légende ajoute que le Seigneur voulut récompenser la patience du saint, et le lendemain toutes les chenilles avaient disparu.

Le serviteur de Dieu avait coutume, durant le carême, de se retirer dans l’île d’Aindrette pour éviter la foule des visiteurs qui apportaient des offrandes au monastère ; et là, avec un petit nombre de frères, il macérait son corps par une longue et rude abstinence, afin que, dans les solennités pascales, il pût s’offrir au Seigneur comme une victime sainte et agréable. Or, un jour, après de longues veilles et de longues prières, il prenait un peu de récréation en se promenant, et vint s’asseoir sur le bord du fleuve. Quelqu’un se mit à dire dans la conversation que l’évêque de Nantes avait reçu un poisson qu’on appelle vulgairement lamproie. « Mon frère, à quoi bon cette réflexion ? répondit le bienheureux Hermeland, la main du Tout-Puissant ne peut-elle pas tout aussi bien nous donner un poisson du même genre ? ». Il n’avait pas achevé de parler qu’une lamproie sortant du fond de l’eau, vint, en nageant, du milieu de la Loire, se jeter à ses pieds sur le sable. Le bienheureux Hermeland, reconnaissant là un don de la Providence divine, fit ramasser le poisson. « Prenez-le, dit-il à l’un des frères, et faites en trois parts : vous en garderez une pour notre réfection et vous enverrez les deux autres au monastère ». On fit ce que le serviteur de Dieu avait dit ; mais il s’opéra un vrai prodige par les mérites de ce grand saint. Non seulement les frères qui se trouvaient avec lui, mais tous ceux qui étaient demeurés dans le monastère, et qui étaient fort nombreux, mangèrent de la lamproie et s’en trouvèrent rassasiés. C’est ainsi que, par la bénédiction divine, le bienheureux Hermeland put nourrir toute la communauté avec un seul poisson.

L’homme de Dieu était doué d’une admirable prudence ; il savait unir avec une si parfaite discrétion l’administration de son monastère et le soin de sa propre perfection, qu’il ne négligeait ni de pourvoir aux nécessités des frères pour s’occuper de son âme, ni de veiller soigneusement à la garde de son propre coeur, pour se livrer aux affaires et à la sollicitude des intérêts temporels. Pendant le jour, il apportait tous ses soins au gouvernement de ses religieux ; et la nuit, après avoir donné quelques moments au sommeil, plutôt pour satisfaire au besoin impérieux de la nature que par amour du repos, il employait le reste du temps à prier, à psalmodier et à méditer les choses du Ciel avec toute la ferveur de son âme. Son biographe raconte qu’une nuit, pendant qu’il visitait, en priant, les oratoires du monastère, il ordonna à un frère qui l’accompagnait de rallumer la lampe qui était éteinte. Un coup de vent l’éteignit de nouveau dans la main du frère. Il se mit à courir pour l’allumer une seconde fois. L’homme de Dieu lui fit signe de s’arrêter, et d’un signe de croix, il ralluma la lampe par la vertu de Notre-Seigneur ; si bien que le vent venant à redoubler de violence, la lumière miraculeusement rendue ne s’éteignit plus jusqu’à ce qu’elle eût été portée à sa place.

Une autre nuit que, durant le carême, il méditait en marchant, dans l’oratoire de Saint-Aignan, l’endroit où il portait ses pas parut tout à coup d’une blancheur plus éclatante que le reste du pavé. Le lieu où il avait l’habitude de prier était encore, au moment où écrivait son historien, remarquable par la blancheur de la pierre, de telle sorte qu’il frappait les regards, dès qu’on entrait dans l’oratoire, et montrait, ajoute le pieux auteur, quelle avait été la pureté de coeur du saint confesseur dans ses oraisons.

La renommée du bienheureux Hermeland s’était étendue au loin, et le monastère d’Aindre reçut des donations même en des pays éloignés vers le Nord. Un jour donc, il fut obligé de se rendre du côté de Coutances pour y pourvoir à quelques intérêts de son monastère. Un homme distingué de cette contrée, nommé Launus, l’invita à dîner avec ses disciples. Le bienheureux Hermeland était doux de caractère, affable dans ses paroles, d’un visage souriant et aimable ; il ne refusa pas l’invitation qui lui était faite, et, bénissant la maison de Launus, voulut bien y entrer. La vigne ne croit pas dans ces régions ; Launus n’avait qu’une petite quantité de vin dans un vase qui contenait environ quatre mesures. heureux de donner l’hospitalité au serviteur de Dieu, il invita tous ses amis et ordonna qu’on leur offrit du vin, ainsi qu’à tous les pauvres et à tous les pèlerins qui se présenteraient. Admirable condescendance du Tout-Puissant ! le vin s’accrut dans le vase qui le contenait, et, après que tous en eurent reçu une part abondante, le vase presque épuisé au commencement, se trouva encore rempli. On n’en parla pas le jour même ; mais le lendemain ce prodige fit grand bruit dans toute la contrée ; il montrait combien grande était la sainteté d’Hermeland, puisque Dieu voulait que ceux qui lui faisaient des offrandes n’en éprouvassent aucune diminution dans leurs biens, mais y trouvassent plutôt un profil temporel, en outre de l’éternelle récompense. L’homme de Dieu était retourné à sa maison des champs, appelée Oylande. Launus demanda à sa femme s’il restait encore un peu de vin pour en envoyer comme oblation au bienheureux Hermeland ; elle alla regarder dans le vase, et trouva que non seulement le vin n’y avait pas diminué, mais qu’il y en avait une plus grande quantité : ce qu’elle s’empressa d’annoncer à son mari. Alors Launus fit porter au saint une offrande de ce même vin avec ses autres oblations, en lui disant la grâce que le Seigneur avait accordée par ses mérites. A cette nouvelle, le serviteur de Dieu, qui ne cherchait jamais les louanges, recommanda de tenir secret le miracle : « N’attribuez pas, je vous prie, à mes mérites, dit-il à Launus, un prodige que le Seigneur a daigné opérer en faveur des pauvres, pour correspondre à votre charité ». Mais Launus continua à soutenir qu’il fallait tout attribuer aux mérites du saint abbé, et que, pour lui, il avait la conscience de n’avoir été pour rien dans ce miracle. Il y eut ainsi entre eux une grande et amicale contestation d’humilité ; et il resta bien évident pour les fidèles que le prodige était dû aux mérites du saint prêtre, dont le coeur était dévoué à Celui qui avait changé autrefois l’eau en vin à Cana en Galilée.

On raconte encore qu’un voleur enleva un jour les boeufs qui servaient à transporter le bois pour le service de l’homme de Dieu. Celui-ci, ayant appris le vol fait à son préjudice, eut recours à ses armes ordinaires, la prière, et demanda à Dieu de lui rendre les animaux dont il avait besoin pour les nécessités de cette vie. Or, Dieu exauçant sa prière, il arriva que le voleur, ayant marché toute la nuit pour conduire les boeufs au loin, se trouva, le lendemain matin, accablé de fatigue, à la porte du monastère et fut obligé de rendre au saint les animaux qu’il lui avait dérobés. Le bienheureux Hermeland reçut avec joie et reconnaissance le bien que le Seigneur lui rendait. Il traita le voleur avec bonté, et, après lui avoir recommandé de ne plus commettre la même faute, pour ne pas s’exposer aux châtiments de l’autorité publique et surtout aux éternelles de l’enfer, il le laissa aller en liberté.

Cependant, le bienheureux Hermeland, au milieu des sollicitudes que lui imposait le gouvernement des frères confiés à ses soins, n’oubliait pas de travailler chaque jour par de nouveaux exercices de vertu à acquérir la perfection qui devait lui mériter la récompense éternelle. On ne le vit pas, comme font plusieurs, accorder quelque chose à l’infirmité de la vieillesse, et se permettre quelques adoucissements en avançant en âge ; il ajoutait plutôt avec le temps, autant qu’il le pouvait, de nouvelles rigueurs à l’austérité de sa vie. Il aurait cru faire une véritable perte, s’il n’avait pas chaque jour tâché de croître en vertu. Quand il fut parvenu à la vieillesse, il fit bâtir à l’orient, près de la porte du monastère, un petit oratoire en l’honneur de saint Léger, martyr ; et, ayant renoncé au gouvernement du monastère qu’il avait exercé longtemps, non par ambition de commander, mais par obéissance, il se renferma dans cet oratoire, donnant aux frères la permission d’élire un vicaire pour le remplacer. Il voulait, en se dégageant, autant que le comporte la fragilité humaine, de tous les soins extérieurs moins bons et moins utiles, ne plus vaquer qu’à la contemplation des choses célestes.

Les frères, qui pleurèrent longtemps sa retraite, élurent pour abbé un religieux nommé Adalfred ; et le bienheureux Hermeland, laissant agir la justice divine, ne voulut pas prendre part à l’élection. Adalfred, en effet, trompé par le malin esprit, ne tarda pas à changer le régime paternel d’un supérieur de communauté en un gouvernement tyrannique. Négligeant ses véritables intérêts et ceux de ses frères, il se livra à de vaines occupations, et, par un juste châtiment de Dieu, prenant en dégoût les choses intérieures, se jeta au hasard dans les choses du dehors. Ne trouvant pas suffisante la demeure qui lui était assignée dans le monastère, il se bâtit un palais, et, tout enflé d’orgueil, ne garda plus les bornes de la modération. Le bienheureux Hermeland le reprenait souvent de ses fautes, et, entre autres choses, il lui dit : « Mon frère, pourquoi négligez-vous les âmes et le profit spirituel des religieux, pour vous occuper de soins superflus ? Ces maisons que nous avons construites ne sont-elles donc pas suffisantes pour votre habitation et celle des frères ? Ecoutez et suivez mes conseils : contentez-vous de ces bâtiments, parce que vous n’en élèverez pas d’autres en ce lieu ». L’homme de Dieu prononçait ces paroles par un esprit prophétique. Il savait que le châtiment du Seigneur était prêt de tomber sur le malheureux Adalfred. L’année ne devait pas s’écouler avant que la mort mit fin à ses iniquités.

Adalfred, complètement aveuglé, méprisa les avertissements du saint homme. Il tyrannisa le frères avec une dureté plus grande encore, les laissant même manquer de la nourriture nécessaire. Il alla jusqu’à retrancher à ceux qui vivaient avec le bienheureux Hermeland, les aliments qui leur avaient été assignés. Les religieux portèrent au saint leurs plaintes sur cette situation. « Gardez le silence, mes frères, leur dit en gémissant l’homme de Dieu, gardez le silence ; mais sachez que la mort arrive à grands pas pour le coupable. Il ne lui sera pas même accordé un mois entier, en punition de son opiniâtre mépris des lois de Dieu ». Trois jours après, le malheureux Adalfred vit en songe l’homme de Dieu qui, le reprenant sévèrement de sa désobéissance, le frappa de son bâton. Il s’éveilla souffrant horriblement comme s’il eût été brûlé par des flammes ; et, condamné à la mort éternelle, il perdit subitement avec la vie l’autorité qu’il avait si mal exercée.

Après la mort d’Adalfred, les frères se réunirent autour du bienheureux Hermeland : « Nous conjurons votre sainteté, bon père, lui dirent-ils, puisque vous avez voulu nous laisser orphelins et privés de la consolation de votre présence, de ne pas nous permettre d’errer dans le choix d’un abbé, comme précédemment ; mais de choisir vous-même un pasteur qui, à votre exemple, nous conduise dans la voie du Seigneur ». Touché de leurs prières, le Bienheureux appela un frère, nommé Donat, qu’il avait lui-même formé à la vertu et instruit dans la sainte doctrine. Il l’établit abbé, du consentement de tous les religieux, et lui enseigna la sollicitude avec laquelle il devait s’occuper des intérêts spirituels et temporels du monastère. Donat, docile aux avis de son maître, soutenu par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et les prières du serviteur de Dieu, plein de charité et d’humilité, gouverna saintement le monastère tous les jours de sa vie.

Le bienheureux Hermeland vécut encore longtemps, renfermé dans sa cellule et ne vaquant qu’aux choses de Dieu. Il avait ramené de l’état du péché beaucoup d’âmes à Jésus-Christ ; il avait rendu la santé à beaucoup de malades que la renommée de sa sainteté attirait à lui de toutes parts. Sa vieillesse était ornée d’une grâce divine si merveilleuse qu’il semblait qu’on ne pût lui désirer une perfection plus grande. Par l’esprit prophétique qui lui avait fait souvent prévoir les choses à venir, il connut que sa mort approchait, et quelques jours auparavant, il annonça aux frères le terme précis de son passage à l’éternité. Les frères, qui connaissaient le don de prophétie qu’il avait reçu de Dieu, ajoutèrent une foi entière à ses paroles. Le jour qu’il avait fixé pour la dissolution de son corps, ils se réunirent tous ensemble autour de lui, et le conjurèrent d’être dans le Ciel leur perpétuel protecteur, de même qu’il avait été leur maître sur la terre. Le Bienheureux leur ayant instamment recommandé de persévérer dans leur saint état, reçut le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et s’éteignant à la suite d’une longue vieillesse, recommanda son âme à Dieu, puis s’endormit dans la joie et la paix du Seigneur, au milieu des prières des religieux. Il laissa son corps entre leurs mains, sans éprouver les douleurs de la mort, n’ayant jamais connu la contagion du vice. Sa bienheureuse mort arriva le 25 mars, vers l’an 715 ou 720.

Saint Hermeland fut inhumé par ses religieux dans la basilique de Saint-Paul, près de l’oratoire de Saint-Vandrégisile. Il s’opéra beaucoup de miracles à son tombeau, et au bout de quelques années, le corps du saint fut transféré dans la basilique de Saint-Pierre et déposé dans une urne travaillée avec soin. La tradition rapporte que trois jours après la translation des précieux restes du serviteur de Dieu, il s’était échappé de son sépulcre comme un parfum merveilleux, qui avait rempli la basilique et de là s’était répandu dans tout le monastère. Cette merveille avait duré huit jours : plusieurs témoins de ce fait existaient encore quand le biographe du saint écrivait, et attestaient qu’ils n’avaient jamais respiré de parfum aussi suave dans leur vie. De nombreux miracles continuèrent à s’opérer au tombeau du saint et la mémoire de ses vertus demeura précieuse dans tout le monastère et dans toute la contrée. Nous aimons à transcrire ici la page par laquelle l’ancien historien du bienheureux Hermeland a terminé le récit de sa vie et de ses miracles. C’est comme l’abrégé des vertus du saint abbé :

« La vie vertueuse, dit-il, l’emporte sur les miracles : ceux-ci sont un signe de la vertu, mais ne sont pas la vertu même ; et j’aurais dû peut-être m’arrêter davantage à peindre les vertus de notre bienheureux père, pour les proposer à l’imitation, si sa sainte vie n’était encore un souvenir tout récent pour beaucoup. Que dirai-je, en effet, de sa chasteté, puisque menant une vie pure depuis sa naissance, il a mérité de recevoir la couronne de la virginité ? Comment pourrai-je parler dignement de sa foi ? il s’efforça d’arracher à l’erreur tous ceux qu’il put, pour les amener à la foi catholique. Comment exprimer son espérance ? elle lui fit mépriser, par le désir des biens éternels, toutes les prospérités de ce monde qui lui étaient offertes ; sa charité parfaite, toujours occupée à chercher le bien du prochain et non sa propre satisfaction, afin de conduire beaucoup d’âmes à la vie éternelle ? Pourrai-je faire connaître son abstinence ? Pour la pratiquer dans toute sa rigueur, il laissait ses frères et se retirait dans sa solitude d’Aindrette, où il aimait surtout à se renfermer dans le temps des jeûnes de l’Eglise. Pourrai-je expliquer combien sa prière était pure et fervente ? Dieu, pour nous en donner quelque idée, permit que le chemin qu’il suivait pour se rendre à l’oraison, et le lieu où il se livrait à ce saint exercice devinssent blancs comme la neige. Comment louer ses veilles prolongées, pendant lesquelles, éclairé d’une lumière surnaturelle, il mérita d’apercevoir les âmes qui dans les lieux éloignés, passaient de cette vie à l’éternité ? Que raconter de son humilité, de sa contemplation ? C’est par l’amour de cette première vertu qu’il renonça à la dignité de supérieur de son monastère ; et c’était pour vaquer plus librement à la méditation des choses divines que, se renfermant dans une toute petite cellule, il y demeura caché jusqu’au jour où Dieu l’appela à la gloire du Ciel. Comment parler de son admirable obéissance ? il n’hésita pas à quitter la demeure qu’il avait choisie et à passer toute sa vie au loin dans une région qui lui était étrangère. Comment faire connaître sa patience ? Sa charité était si étendue que, non seulement il ne rendit pas le mal pour le mal ; mais qu’il fit à ses persécuteurs tout le bien qui était en son pouvoir. C’est orné de toutes ces fleurs des vertus que le bienheureux confesseur du Christ, Hermeland, vécut en ce monde, acquérant pour lui la récompense céleste et laissant à ses disciples un admirable exemple ».

Le monastère d’Aindre, fondé sous de si heureux et si saints auspices, ne devait pas néanmoins subsister longtemps. Les terribles invasions des Normands commencèrent dans le siècle suivant ; et en 843, environ 170 ans après sa fondation et 120 ans après la mort de saint Hermeland, Aindre fut pillé et brûlé par ces barbares. Ce fut en revenant de la ville de Nantes qu’ils avaient incendiée, et dont ils avaient massacré les habitants réfugiés avec l’évêque saint Gohard dans la cathédrale, que les Normands détruisirent la maison fondée par le serviteur de Dieu.

Les religieux qui échappèrent à la dévastation de Nantes et à la ruine de leur monastère allèrent chercher un refuge dans l’intérieur de la France. Ils emportèrent avec eux leur plus précieux trésor, les ossements vénérés de leur bienheureux père. Les reliques de saint Hermeland furent d’abord recueillies à Angers ; puis transportées dans le monastère de Beaulieu, en Touraine, et enfin déposées dans le château de Loches. Vers le milieu du Xème siècle, Geoffroy, comte d’Anjou, fit bâtir dans l’enceinte du château une vaste église et y fonda une collégiale. Ce fut dans cette église que le corps de saint Hermeland demeura jusqu’à la Révolution française, entouré de la constante vénération des peuples. Sa fête était célébrée solennellement le 20 novembre, jour de la translation des reliques, et on possède encore aujourd’hui l’office propre qui avait été composé en son honneur pour la collégiale de Loches. A l’époque de la Révolution de 1793, la chasse de saint Hermeland fut brisée, mais ses ossements pieusement recueillis furent conservés, et leur authenticité juridiquement constatée en 1848 par Mgr l’archevèque de Tours. A l’exception d’une relique insigne laissée dans l’Eglise de Saint-Ours-de-Loches et de quelques autres ossements, le corps du saint abbé fut rendu au diocèse de Nantes, sur la demande de Mgr de Hercé, de pieuse mémoire. Une octave solennelle fut célébrée dans la cathédrale, du 7 au 14 novembre 1848, pour la translation des saintes reliques. La plus grande partie en fut déposée dans l’église de Saint-Herblain, près Nantes, dont elle forme le riche trésor. Les églises d’Indret, de Basse-Indre, de Saint-Herblon, de Guenrouet, de Bouaye, de Saint-Léger, placées sous le patronage du saint abbé, obtinrent quelques fragments notables, ou même des parties insignes de ses ossements. Un os tout entier fut réservé pour la cathédrale de Nantes. C’est ainsi, selon la belle expression de l’Ecriture, que les ossements des saints semblent germer dans leur tombeau et se recouvrent d’une nouvelle gloire dans la poussière du sépulcre. (extrait d’un ouvrage de Mgr. Richard, 1898).

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