Vénérable LODOVICO LONGARI

Vénérable Lodovico Longari

supérieur général de la congrégation du Très-Saint Sacrement (✝ 1963)


Le vénérable, P. LODOVICO LON­GARI, est né en 1889 à Montodine (Italie), onzième fils de deux époux très pieux. Il entra au séminaire de Crema à l’âge de douze ans. En 1912, il fut ordonné prêtre et nommé secrétaire de l’évêque. Peu de temps après, il apprend l’existence de la Congrégation du St­ Sacrement et, attiré par la spiritualité du Père Eymard, il entre au noviciat. La première guerre mondiale éclate et il est appelé au front, comme aide-infirmier, où il restera jusqu’à l’armistice en 1918. En 1920, il prononcera ses vœux religieux au noviciat d’Espagne où il avait été transféré après la guerre. De retour en Italie, il est chargé d’ouvrir un séminaire provisoire pour la congrégation à Lodigiano. De 1923 jusqu’à 1935, c’est à Ponteranica, diocèse de Bergamo, qu’il se consacrera à la formation des jeunes, d’abord com­me directeur du séminaire, puis comme maître des no­vices. En 1934, il est nommé provincial et en 1937 supérieur général. Poste qu’il occupera durant douze ans. Il revient ensuite comme maître des novices à Ponteranica (Bergamo) dans la maison de formation qu’il avait ouverte et tant aimée, où il s’éteindra le 17 juin 1963.


Influence de la famille


L’évêque du diocèse de Crema, Mgr Libero Tresoldi, fait remarquer que: « la première source pour comprendre ce que fut le P. Longari, c’est sa famille ». L’action de l’Esprit Saint commence à se manifester chez Lodovico à travers la foi très profonde d’une fa­mille et d’une communauté paroissiale, qui – bien que petite et inconnue -l’a marqué profondément. Onziè­me garçon de deux époux qui assistent à la messe et ré­citent leur chapelet tous les jours, il apprend très tôt la dévotion eucharistique et l’amour de la Vierge.


En plus de ses parents exemplaires, il trouve­ra une sage et délicate éducatrice, en la personne de Sr Teresa, qui lui transmettra la passion de l’Eucharistie et l’adhésion amoureuse à la volonté de Dieu.


Dans cette communauté paroissiale – affirme l’évêque – « de nos jours encore l’Eucharistie et le culte de la Madonne sont l’inspiration centrale d’une riche vie chrétienne ». Voilà de vraies valeurs aux­quelles devraient s’inspirer toutes les familles.


Le primat de l’amour


La première caractéristique que l’on découvre chez le Serviteur de Dieu c’est celle d’être un témoin et un apôtre d’une spiritualité qui dilate l’esprit sous le souffle de l’amour. Amour personnel, intime et ex­périmental de Dieu. Il l’a perçu, s’en est enivré et il en est devenu le communicateur par sa parole et par sa vie. La nature et la grâce l’ont favorisé de dons qui lui ont permis de contribuer à la construction de cette ci­vilisation de l’amour dont parlera Paul VI.


Déjà ses écrits de jeunesse en sont marqués: « Le Seigneur m’a donné un cœur très sensible parce qu’il veut que je sois saint. La sainteté c’est l’AMOUR. Et comme Jésus me martyrise de son amour! Je n’en peux plus et je vais devoir céder à la force… Devant le bon Jésus je me reconnais vaincu. Donc Jésus me veut saint mais toujours à la lumière de son amour ». Il se place alors à l’école de Jésus: « Le livre ultime des saints c’est Jésus Christ. Ils n’ont pas appris la vraie sagesse à l’école des sages, ni dans la poussiè­re des bibliothèques, mais dans la prière devant le crucifix, en couvrant de larmes et de baisers les pieds du divin Maître ». Puis, il a des expressions originales: « plutôt que de l’offenser dans l’amour, il le réduise à un ostensoir matériel, pourvu que cet Ostensoir contienne l’électricité de l’amour ».


Le choix de la vie religieuse est pour lui « com­me un second baptême. J’entre dans la vraie vie d’amour de Jésus… dans la vocation de l’amour, de la joie, de l’allégresse du paradis… Jésus m’a regar­dé, s’est pris d’amour pour moi et m’a dit: viens, je te donnerai du pain et un toit… je t’aime parce que je veux t’aimer… « . Le cœur se dilate: les mots et les sentiments s’accumulent, se confondent. Il parle d’Eucharistie, de pureté, de transparence. Il se laisse fasciner par le Pain et la Croix. Ce sont des éclairs de mysticisme. La conclusion est une invitation de Jésus: « Laisse-toi consumer par mon amour ». C’est sur cet­te base que s’appuiera toute sa vie spirituelle.


Vie personnelle toute « pétrie d’eucharistie »


La découverte de l’apôtre de l’Eucharistie, Pierre-Julien Eymard, détermina son orientation, le centre de sa spiritualité, la source de sa vie. « L’Eu­charistie est un besoin de mon cœur. Sans l’Eucharistie la vie serait impossible ».


La pensée et la prière eucharistiques devien­dront continuelles dans sa vie et iront toujours en croissant, en simplifiant toute activité spirituelle. Dans sa lumière, il revoit tous les grands mystères du salut: la création, la Trinité, l’Incarnation, les miracles de Jésus, la Résurrection. C’est à l’Eucharistie qu’il réfère ses méditations sur le sacerdoce, la charité ou l’humilité. D’où sa force pour pouvoir affronter la souffrance, les épreuves, les responsabilités. Pour lui, l’Eucharistie c’est la présence réelle du Seigneur, donnée pour être adorée. Avec une foi très vive, il oriente le culte eucharistique aux quatre fins du sacri­fice: l’adoration, l’action de grâces, la réparation et la demande.


Évidemment, toute la richesse de la doctrine eucharistique que nous donnera Vatican II n’existait pas encore: Lodovico est un homme de son époque. On ne peut le lui reprocher. Cependant, son rapport intense avec l’Eucharistie, pétri de foi et d’amour, est constamment présent dans sa parole et il est nourri par une vie de prière et d’adoration de façon ininter­rompue, que ce soit au front, durant la guerre, où il installait un ostensoir dans sa tente de soldat, que ce soit aux prises avec les mille préoccupations quoti­diennes qui lui étaient imposées par sa charge de su­périeur général.


Son attitude n’était pas celle du théologien qui développe intellectuellement les richesses doctrinales du mystère révélé, mais plutôt celle d’un homme spi­rituel qui transmet le message par le reflet de sa propre vie, dans l’élan d’amour suscité par une contemplation de foi et le témoignage d’une vie cal­quée sur la réalité divine.


Ainsi orientée vers l’Eucharistie, sa vie sera consumée par la flamme d’un apostolat qui se dérou­lera dans trois milieux: le gouvernement de sa famil­le religieuse, la formation des jeunes et la sanctifica­tion des prêtres.


Supérieur de la congrégation


Ses dons paternels de fermeté amoureuse et de clairvoyance des cœurs se révélèrent très précieux pour diriger une communauté. Aussi devint-il rapide­ment supérieur, d’abord local puis provincial et enfin général de tout l’Institut.


Le serviteur de Dieu se soumit à la croix de la responsabilité avec grande souffrance, au moment dé­licat du passage d’un gouvernement centralisé à la di­vision en provinces, en agissant avec tact et largesse de vues.


Il s’inspira des exemples du fondateur, il en propagea l’enseignement, il en renouvela l’esprit en essayant de le mettre à jour pour notre époque et en l’interprétant à la façon qui correspondait à ses dons. Comme il a su rendre aimable la vocation eucharis­tique par son enthousiasme d’appartenir à la famille du P. Eymard! « Qu’elle est belle notre vocation, belle de la beauté de Jésus, douce de la douceur de Jé­sus, chaude de l’amour de Jésus, immaculée de la blancheur de l’Hostie! ».


Il considéra la famille SSS comme un don que Dieu avait fait à l’Église dans une période de grande tiédeur pour placer l’Eucharistie en plein centre, la faire sortir du tabernacle avec l’Exposition solennel­le. Ce mouvement, d’après lui, aurait amené les Congrès Eucharistiques et, sous le pontificat de Pie X, la promotion de la communion fréquente et celle des jeunes enfants, du culte de l’Exposition perpétuelle et de l’adoration nocturne par les fidèles. Comme il a travaillé pour susciter des vocations, pour développer la congrégation en ouvrant de nombreuses maisons dans plus de quatorze pays et jusqu’en mission! Mais surtout avec quelle passion il a essayé d’en faire vivre l’esprit avec une grande ferveur dans la prière et une fidélité exemplaire à l’adoration eucharistique. Pour la famille Eymard, en Italie d’abord et ensuite dans le monde, il a été comme un souffle du printemps.


Formateur des jeunes


Il remplit la charge de formateur durant de très longues années: d’abord de 1920 à 1931 puis de1949 jusqu’à sa mort. Sa méthode, comme celle de Jean Bosco, était de prévenir et d’enthousiasmer les jeunes, en leur présentant la beauté de l’idéal et en leur faisant goûter l’amour du Seigneur, l’attrait de la vertu et du don total qui correspond bien aux exi­gences d’un jeune cœur.


Les témoignages sur sa méthode de formation sont nombreux: « Il nous gagnait par sa sensibilité et sa tendresse. Il avait un tempérament plus enclin à la bonté qu’à la sévérité. Et sa bonté allait en croissant à certains moments, comme par exemple le matin après sa messe, ou après ses heures d’adoration ». Même lorsqu’il exigeait un renoncement total, il faisait tou­jours briller le primat de l’amour.


« C’était un directeur de séminaire humain, at­tentif, compréhensif; il aimait beaucoup le temps de la récréation, les rires. Il témoignait surtout son affec­tion envers les petits, les souffrants et tous ceux qui se trouvaient dans une difficulté ».


« Il incitait les gens à se reposer, il les encou­rageait, s’intéressait à la santé des autres, se préoccu­pait de la nourriture, de l’ambiance; il portait attention aux personnes qui collaboraient avec lui, en sympa­thisant à leurs problèmes de famille ». Il préférait un style de gouvernement par la douceur, et il cherchait plus à faire comprendre qu’à dominer.


Prédilection pour les prêtres


Le P. Longari avait un charisme particulier pour les prêtres, les « multiplicateurs », comme disait notre fondateur. Il les aimait, les a aidé à s’ouvrir au Seigneur, pour être heureux dans leur vocation. Au cours de son ministère, il leur a toujours donné la pre­mière place. C’est un nombre incroyable de retraites qu’il a prêché aux prêtres dans toute l’Italie, tant dans les Instituts que dans les séminaires; chez les bénédic­tins, les basiliens, les dehonianiens, les montfortains, les trappistes, etc.; et dans les séminaires, comme le Collège Romain, la Propagande, Venegono, Molfetta, Bergamo, etc. Il revenait sans cesse sur la nécessité de la prière et de l’amour de Dieu. Il parlait de l’Eucha­ristie par abondance et trouvait toujours le moyen de la signaler dans tous les thèmes qu’il traitait.


« En autant que je me souvienne, je n’ai jamais entendu quelqu’un prêcher comme le P. Longari, avec tant de piété et de doctrine à la fois, imbibée, parfu­mée je dirais, d’Eucharistie… ». Il parlait plus par sa propre physionomie que par ses arguments.


Voici ce qu’on a dit: « Sa physionomie était de celles qui te calment, te purifient, te réconfortent, en te faisant entrer en toi-même, comme pour un examen de conscience, comme une invitation à l’imiter. Il émanait de sa personne quelque chose de difficile à expliquer, mais qui agissait par rayonnement, par os­mose. C’était une présence, un témoignage. Ses pa­roles étaient l’expression de son être, d’où elles ti­raient leur force. Son visage était calme et radieux, son regard toujours serein et clair, fixé sur la situation présente mais en même temps tourné vers l’ave­nir… ». Et le témoin conclut par une forte comparai­son: « Il était un prêtre et un adorateur comme quel­qu’un qui serait né à la fois aviateur et poète! ».


Durant ses dernières années, alors qu’il ne pouvait plus bouger, il ne cessa pas d’avoir des contacts, mais il se confina à l’accueil paternel à la maison: tous ceux qui souffraient ou avaient besoin de lumière venaient à lui, envoyés le plus souvent par l’évêque de Bergamo. Il prenait toujours soin, cepen­dant, que la célébration eucharistique soit vécue com­me le moment central de toutes ses journées. Son se­cret se résumait ainsi: « Sentir le besoin de se laisser voler le cœur par Dieu! »


« Il a mis de la vie autour de l’eucharistie »


C’est l’évêque de Bergamo, Mgr Giulio Og­gioni, qui a résumé ainsi l’action du P. Longari dans son diocèse. Et il semble bien que l’on puisse étendre cette expression à d’autres périodes difficiles durant lesquelles il a toujours démontré la même vivacité.


Jeune prêtre et religieux SSS, il est envoyé au front comme soldat infirmier, au moment de la pre­mière guerre. On peut imaginer les difficultés et les dangers qu’il rencontra. Mais lui dira toujours que ce fut un des plus beaux temps de sa vie. Il transformera son étroite baraque militaire en chapelle: tôt le matin, célébration de la messe, ensuite, l’Exposition du St-­Sacrement pour une heure d’adoration. Il s’était confectionné un tabernacle avec un simple havresac, mais l’avait décoré de fleurs et de cierges. Autour de lui: des trous de grenades qui n’avaient pas explosées, l’odeur du sang répandu, des sifflements de projec­tiles… Et pour lui, une charge écrasante: secourir les blessés, aider au transport à l’hôpital, ensevelir les morts. Il lui arriva de ramasser un major que ses com­pagnons voulaient jeter dans la fosse car il était très grièvement blessé et sans espoir de survie. Il s’oppo­sa de toutes ses forces. Il lui fallait du courage, car l’ambiance à l’époque était marquée de railleries en­vers les prêtres. Elles ne manquèrent pas de la part de ses compagnons. Quant à lui, il ne cessait de répéter: « Quelle paix dans mon cœur, quelle certitude! Merci, Jésus pour ton Eucharistie! Pour ton amour! Fais en sorte que je reste fidèle toujours autalent eucharis­tique! »


Lors de la deuxième guerre, le voilà supérieur général. Après le 8 septembre 1943, lorsqu’il lui fut impossible de visiter les maisons, il en profita pour accepter des prédications. Il était très en demande: sa manière simple et persuasive pénétrait les cœurs. Aux personnes consacrées, il élevait très haut la barre de la générosité. Combien de monastères et de cou­vents le réclamèrent! Il libérait les cœurs, convaincu qu’: « avant de proposer une réforme, il faut mettre les cœurs en paix ».


Tel était le style de sa prédication, même pour les simples fidèles qu’il rencontrait durant les « XL Heures » qu’il animait si souvent. Ici, sa « vivacité » avait un thème préféré: l’amour miséricordieux de Jé­sus, car disait-il, « de son amour, il a fait un sacrement, l’Eucharistie ». « Nous devons êtres des ministres de miséricorde ». Il réussissait à convaincre par l’exemple suivant « S’il vous arrive de faire un ac­croc dans un vêtement tout neuf, votre peine est gran­de. Mais si vous avez la chance de trouver une excel­lente couturière qui non seulement sait repriser mais réussit à coudre une belle fleur sur la couture, alors votre vêtement devient encore plus beau qu’il était. Laissons donc Jésus couvrir de fleurs nos bêtises ».


Voici en résumé deux conseils donnés fré­quemment. À celui qui a grand besoin de pardon: « Reconnaître sa misère mais ensuite avoir une confiance totale dans la miséricorde ». À tous les fi­dèles: « Notre vie est une page blanche sur laquelle le Seigneur écrit constamment un seul mot: AMOUR! ». C’est comme cela qu’il pouvait ouvrir les cœurs.

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