Saint SYNCLETIQUE

Sainte Synclétique moniale en Égypte (IVe siècle)

Vie et enseignements de sainte Synclétique


Sainte Synclétique naquit à Alexandrie au IVe siècle, de riches et pieux parents chrétiens originaires de Macédoine. Sa grande beauté, son intelligence et ses nombreuses vertus la faisaient convoiter par un grand nombre de prétendants dès son jeune âge, mais elle restait sourde et aveugle à tous les attraits de ce monde pour n’aspirer qu’au mariage spirituel avec le Christ, l’Epoux céleste. Réduisant sa chair en servitude par les jeûnes et toutes sortes d’austérités, elle rassemblait sans relâche son esprit au fond de son cœur.

À la mort de ses parents, elle distribua sa grande fortune aux pauvres et, s’enfuyant loin de la ville en compagnie de sa sœur aveugle, elle se consacra pour toujours à Dieu en se faisant tondre la chevelure par un prêtre. C’est ainsi qu’elle devint la fondatrice du monachisme féminin, comme saint Antoine le Grand le fut pour les hommes. Elle progressa rapidement dans l’ascèse et la pratique des vertus et elle prenait le plus grand soin à garder ses combats cachés aux yeux des hommes, afin de ne pas perdre la récompense finale. En nombre grandissant, de ferventes jeunes femmes venait à elle en la pressant de leur communiquer instructions et conseils pour leur salut. Tout d’abord par humilité la Sainte refusa de rompre son silence ; mais finalement, pressée par la charité, elle céda à leurs instances et leur révéla les trésors de sagesse et de science que le Saint-Esprit avait déposés dans son cœur. Nous présentons quelques extraits de l’enseignement de sainte Synclétique.

Au sacrifice volontaire de l’ascèse, elle ajouta dans les dernières années de sa vie la patience dans les épreuves et la maladie : des fièvres continues et des troubles pulmonaires usaient son corps lentement. Vers l’âge de 85 ans commença une période de trois ans et demi de souffrance dues à une maladie (probablement un cancer) qui brûlait peu à peu ses organes, lui occasionnant des douleurs cruelles et inhumaines. La sainte supportait cependant ces épreuves avec patience et action de grâces, et en profitait même pour instruire ses disciples, en disant : " Si la maladie nous accable, ne soyons pas dans l’affliction comme si, à cause de l’abattement de notre corps, nous ne pouvions pas chanter ; car toutes ces choses sont pour notre bien et la purification de nos convoitises ". Elle perdit la voix et la maladie attaqua son corps par la gangrène et la putréfaction et c’est ainsi qu’à l’issue d’un martyre de trois mois, elle partit vers le Seigneur.

Enseignements de Sainte Synclétique CONTRE L’ORGUEIL ET LE DÉSESPOIR

Celui qui est tombé trouvera le salut en se convertissant et en pleurant ses péchés. Toi, qui es debout, prends garde à toi-même. Tu as, en effet, deux choses à craindre : retourner à tes vieux péchés, l’ennemi profitant de ta négligence pour t’attaquer, ou bien être renversée dans ta course. Car notre ennemi, le diable, ou bien nous attire à lui de derrière lorsqu’il voit l’âme nonchalante et relâchée ; ou bien semble-t-elle pleine de zèle et généreuse à l’ascèse ? il l’attaque subtilement et secrètement par l’orgueil ; il la perd ainsi sans merci. Cet appât est le dernier et le nerf de tous les maux. C’est ce qui a causé sa propre chute ; c’est aussi par lui qu’il s’efforce de venir à bout des hommes les plus forts. Les guerriers les plus redoutables commencent par utiliser les armes les plus légères, puis, quand l’ennemi se fait encore plus pressant, ils brandissent, plus puissant que tout, le glaive. De même le diable : après avoir épuisé ses premiers harpons, il se sert finalement de son épée, l’orgueil.

Quels étaient ses premiers filets ? Évidemment la gloutonnerie, l’amour du plaisir, la fornication. Ces esprits (mauvais) accompagnent surtout les jeunes années. Viennent ensuite l’avarice, la cupidité et autres vices semblables. Lorsque la malheureuse âme a dominé ces passions, lorsque l’estomac est dompté, lorsque le sentiment de sa dignité lui a permis de surmonter les plaisirs vulgaires, lorsqu’elle a méprisé l’argent, alors, pressé de partout, le malin suscite en elle un mouvement de révolte : il l’élève pour la dresser déraisonnablement contre ses sœurs. Redoutable et fatal, ce poison de l’ennemi ! Il en a ainsi aveuglé beaucoup d’un seul coup et (les) a jetés bas. Il suscite en l’âme une pensée mensongère et funeste. Il lui fait croire qu’elle l’emporte pour ce qui est du jeûne, et lui présente une foule d’actes héroïques. Il lui fait oublier toutes ses fautes pour la dresser contre son entourage, et cela, non pour lui être utile, mais pour qu’il ne puisse dire cette parole qui le guérirait : " Contre toi seul j’ai péché ; aie pitié de moi, Seigneur " (cf. Ps 50,6 ; 6,3). Il l’empêche aussi de dire : " Je te confesserai, Seigneur, de tout mon cœur " (Ps 100,1). " De la même manière dont il s’est dit en lui-même : " J’escaladerai (les cieux) et j’érigerai mon trône " (Is 14,14) -, ainsi il lui représente des charges importantes, des préséances, et même des chaires d’enseignement et des pouvoirs de guérisseur. Cette illusion cause sa corruption et sa perte, et la voilà atteinte d’une blessure incurable. […]

Ce mal (de l’orgueil) est précédé par un autre, la désobéissance. Par conséquent, c’est la vertu contraire, l’obéissance, qui peut purifier cet ulcère qui ronge l’âme : " L’obéissance, est-il dit, vaut mieux que le sacrifice. "

Il faut donc, tantôt purifier de la gloriole, tantôt aussi louer et admirer. Si en effet l’âme est négligente, relâchée et si elle s’engourdit dans sa marche vers le bien, il convient de la (stimuler) par des éloges ; fait-elle quelque progrès ? C’est le moment de l’admirer et d’en faire cas ; les fautes graves et indignes d’un homme, il faut les minimiser, les dire sans importance. Car le diable, qui désire jeter le désordre partout, s’efforce de cacher les fautes de celles qui pratiquent l’ascèse avec zèle : il veut augmenter leur orgueil. Quant aux âmes qui débutent et qui sont à peine engagées (dans la vertu), il étale leurs fautes aux yeux de tous et engendre en elles le désespoir ; à l’une il suggère : " Toi qui as forniqué, comment seras-tu pardonnée ? " À une autre : " Tu as été si cupide ; tu ne peux être sauvée. " Les âmes ainsi ébranlées, encourageons-les de cette manière : Rahab était une prostituée, mais sa foi l’a sauvée (cf. Hé 11,31). Paul, le persécuteur, est devenu un " vase d’élection " (Ac 9,15). Matthieu était un publicain : personne pourtant n’ignore la grâce qu’il a reçue (cf. Mt 9,9). Le larron volait et tuait : il fut pourtant le premier à franchir la porte du paradis (Lc 23,43). Fixe donc les yeux sur ceux-là, et ne désespère pas de ton âme.

Pour celles qui sont en proie à l’orgueil, qu’on leur procure le remède de l’exemple de celles qui en font plus. Disons à l’orgueilleuse : " Pourquoi t’enfler ainsi, sous prétexte que tu ne manges pas de viande ? Mais il en est qui ne voient même jamais de poisson. Tu ne bois pas de vin ? Regarde d’autres ne prennent même pas d’huile. Tu jeûnes jusqu’à une heure tardive ? D’autres tiennent deux ou trois jours de suite sans nourriture. Est-ce parce que tu ne prends pas de bain que tu n’en fais accroire ? Mais beaucoup, mêmes malades, n’en ont pas usé du tout. Tu es fière de dormir sur une peau et sur une natte de crin ? D’autres couchent toujours à même la terre. Et quand même tu pratiquerais tout cela, la belle affaire ! Certains mettaient des cailloux sous eux pour que leur corps n’éprouvât aucun plaisir ; d’autres se sont suspendus toute une nuit. Même si tu avais fait cela, si tu étais arrivée à la plus parfaite ascèse, ne t’en fais pas accroire. Car les démons en ont fait, et en font, plus que toi : ils ne mangent pas, ne boivent pas, ne se marient pas, ne dorment pas ; bien plus, ils vivent dans les déserts, si toi, habitant dans une grotte, tu t’imagines faire un exploit.

C’est donc ainsi, et par de tels raisonnements, que l’on peut guérir les deux passions opposées, le désespoir et l’orgueil. En effet, de même qu’un feu violemment attisé se dissémine et meurt, et s’il n’y a pas de vent, s’éteint pareillement, ainsi la vertu est volatilisée par l’arrogance alors même qu’elle se fait une grande violence dans l’ascèse. Mais la négligence gâte pareillement le bien, quand nous n’agissons pas totalement dans la direction du souffle de l’Esprit Saint. Une épée d’acier trempé est facilement brisée par une pierre sur l’enclume ; il en va de même pour une ascèse rigide : l’orgueil en a vite raison. Il est donc nécessaire de prémunir son âme de tous côtés, d’incliner sous les ombrages une ascèse excessive que brûle le feu ardent de l’orgueil, quelquefois aussi de couper les gourmands superflus pour que la racine devienne plus florissante.

Quant à celui qu’accable le désespoir, il faut s’efforcer de le relever par les réflexions dont j’ai parlé plus haut. En effet, l’âme qui tombe à terre se trouve tout à fait vile et méprisable. Quand les meilleurs cultivateurs voient une plante chétive et faible, ils l’arrosent abondamment et pensent devoir mettre tout leur soin à la faire grandir. Mais quand, sur la plante, ils distinguent une pousse précoce, ils coupent ses gourmands, car d’ordinaire ceux-ci ne tardent pas à se dessécher. Et voyons les médecins : ils nourrissent certains malades abondamment et les poussent à se promener ; les autres, ils les enferment et les gardent le plus possible à jeun. L’HUMILITÉ

De toute évidence, l’orgueil est donc le plus grand des maux. De ce fait, son contraire, l’humilité, prend toute sa valeur. Mais elle est une vertu difficile à acquérir. Car si l’on n’est pas étranger à toute gloriole, on ne peut faire sien ce trésor. L’humilité est une perfection si haute que toutes les vertus, le diable peut avoir l’air de les imiter, tandis que celle-ci, il n’en peut absolument rien connaître. Sachant bien la sécurité et la fermeté qu’elle procure, l’apôtre Pierre nous recommande de nous revêtir d’humilité (1 P 5,5) et de nous en envelopper pour accomplir toutes les choses les plus profitables. Soit que tu jeûnes, soit que tu fasses l’aumône ou que tu enseignes, quand bien même tu es remplie de sagesse et d’intelligence, dresse-la encore près de toi comme un mur inexpugnable. Que l’humilité, la plus belle des vertus, les enserre et les maintienne en " bouquet ". Considère le cantique des trois enfants (Dn 3,87), comment, sans faire mention des autres vertus, ce sont les humbles qu’ils ont mis au nombre des chanteurs, ne citant pas les sages ni les pauvres. Il est impossible de construire un navire sans clous impossible aussi de faire son salut sans humilité.

Parce qu’elle est bonne et salutaire, le Seigneur, en accomplissant l’économie (de la Rédemption) des hommes, l’a revêtue. Le Christ dit en effet : " Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur " (Mt 11,29). Considère celui qui parle ainsi, et mets-toi à l’école de sa perfection ; que l’humilité soit pour toi le commencement et la perfection des vertus. Il parle d’humilité de pensée, pas seulement de façade ; il vise l’homme intérieur, car l’extérieur suivra. As-tu observé tous les commandements ? Le Seigneur le sait ; cependant il t’enjoint de revenir au principe, à ta condition de serviteur. Ne dit-il pas : - Quand vous aurez fait tout ce qui est prescrit, dites : "Nous sommes des serviteurs inutiles" (Lc 17,10).

On ne pratique bien l’humilité qu’à travers les reproches, les injures, au milieu des coups, pour arriver à com prendre qu’on est sans intelligence et stupide, indigent et pauvre, faible et chétif, sans succès dans ses entreprises, irréfléchi en ses paroles, sans apparence, sans forces. Tels sont les " nerfs " de l’humilité. C’est cela que notre Seigneur a entendu et souffert. On le traitait de Samaritain et de possédé " (cf. Jn 8,48). Il a pris la " forme d’un esclave " (Ph 2,6), il a été souffleté, outragé par les coups (cf. Mt 26,67). LE FEU DIVIN

Ce discours transportait de joie celles qui étaient rassemblées (autour de sainte Synclétique) ; mais elles n’étaient pas encore rassasiées de ces bonnes choses et insistaient de nouveau. Et la bienheureuse leur disait encore :

Ceux qui s’approchent de Dieu ont beaucoup à lutter et à souffrir au début, mais dans la suite, ils goûtent une joie ineffable. Comme ceux qui veulent allumer un feu commencent par être enfumés et par pleurer, et de cette façon atteignent leur but. L’Écriture dit en effet : " Notre Dieu est un feu dévorant " (Hé 12,29). " Ainsi devons-nous, nous aussi, allumer en nous le feu divin avec larmes et souffrance. Le Seigneur lui-même ne dit-il pas : " Je suis venu apporter le feu sur la terre " (Lc 12,49) ? Mais certains, peu courageux, ont supporté la fumée sans pour autant faire jaillir la flamme, par leur manque de patience et surtout par leur attitude lâche et irrésolue face au divin

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