Mot du père Franz - Du 14 au 29 mai 2022

Judas vient de sortir, Jésus et ses Apôtres partagent, leur dernier repas, Jésus sait que son heure est proche. Il n’a plus de temps pour de longs discours, alors il va à l’essentiel : deux gestes et une parole pour résumer son enseignement, sa vie et transmettre son message. Les deux gestes sont le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie, alors que les paroles sont : « je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

La question qui surgit aussitôt, c’est : « mais où est la nouveauté de ce commandement ? ». Car, en effet, l’Humanité n’a pas attendu Jésus pour essayer d’aimer. Pas besoin d’être catholique pour aimer ! Tout le monde est capable d’amour, même les pires tortionnaires. J’ai toujours été frappé quand, dans les reportages sur la 2ème guerre mondiale, les pires criminels des camps de concentration passaient leur journée à torturer et le soir, ils rentraient chez eux pour faire la bise à leurs enfants…

C’est vrai, mais la nouveauté de l’amour dont parle Jésus vient de ce petit ajout : « comme je vous ai aimés ». La nouveauté c’est d’aimer comme Jésus. Quelle est la caractéristique, ou disons l’originalité de l’amour de Jésus ? C’est sans doute un amour qui est « don », don de soi, entier, définitif. Un amour plus fort que les fautes, un amour qui va jusqu’au « par-don ».

Aimer comme Jésus, c’est essayer de trouver son bonheur en construisant le bonheur de l’autre : s’engager, respecter, savoir se mouiller, ne jamais rester indifférents. Remarquez que dans toute la Bible, l’amour est toujours associé à la justice. Ce qui signifie qu’aimer comme Jésus, c’est faire en sorte que chaque personne humaine puisse garder leur dignité, refuser toute forme d’injustice, ne pas laisser quelqu’un sur les bords des chemins de la vie. En gros, c’est participer à ce que chacun puisse vivre dans la sérénité et la paix.

Aimer comme Jésus, ce n’est pas de l’amour à l’eau de rose ! C’est un amour exigeant, constructif, téméraire, pas toujours facile mais qui ose se donner de la peine. Vous me direz que, même cet amour, d’autres personnes avant Jésus ou aujourd’hui sans être croyantes sont capables de le vivre. Et c’est vrai !

Heureusement, car il s’agit d’un appel universel à la sainteté. Peu importe si on en a conscience de le vivre avec le Seigneur, l’Esprit Saint, son Esprit d’amour, n’a pas de frontières. Telle est d’ailleurs une des caractéristiques de l’amour de Jésus. Nous parlons d’un amour qui s’enracine dans l’amour du Père, qui veut que tous les hommes soient sauvés. Et cet amour du Père s’exprime dans l’amour du prochain, quel qu’il soit.

Il n’empêche, qu’aimer comme Jésus dépasse souvent notre entendement, notre raison, notre sagesse humaine. Pour nous en convaincre, il suffit d’imaginer des situations comme celles-ci : si vous étiez patron d’entreprise, accepteriez-vous de vous abaisser devant vos employés pour cirer leurs chaussures ? Choisiriez-vous comme chef d’équipe celui qui vous a renié ? Accueilleriez-vous la femme adultère et prendriez-vous la défense du pêcheur alors que la vindicte populaire l’a déjà lynché ?

Vous pouvez essayer, mais sans la force d’amour du Christ, cela semble impossible. Et si j’essaie avec Jésus, je sentirai alors l’exigence de cet amour, en voyant ce qu’il m’en coûte, plongeant dans un inconnu où seul Dieu sait où cela me conduira !

+Père Franz


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