2. Contexte historique et culturelle de cette lettre

Paul et Ephèse. Le séjour de Paul à Ephèse est attesté dans le livre des Actes des Apôtres aux chapitres 18 et 19, et par Paul lui-même (1 Co 15, 32 : « S’il n’y avait eu que de l’humain dans mon combat contre les bêtes à Éphèse, à quoi cela m’aurait-il servi ? »). Son premier séjour dans la ville remonte, semble-t-il, à l’été 50 alors qu’il rentre d’Antioche, à la fin de son 2ème voyage. Quelque temps après, lors du 3ème voyage, de graves difficultés rencontrées dans cette ville le poussent à regagner l’Europe. En cours de route, il fait une nouvelle halte à Ephèse où il reste trois ans, jusqu’au printemps 54.

Le port d’Ephèse est remarquablement situé : Il assure le trafic entre la côte anatolienne et la côte européenne. La ville est spécialisée dans le commerce du textile alimenté par les grandes productions de laine des régions alentour. Ce qui va bien à Paul, qui est un tisserand de métier. La société Ephésienne est en grande partie païenne. Elle vénère alors Artémis (la Diane des Romains) dont le temple est célèbre. Elle s’adonne volontiers à la magie et à l’occultisme. Astrologues, philosophes, thaumaturges sont tous à la recherche d’une sagesse. Paul trouve dans cette ville une communauté juive ancienne et vivante ainsi qu’une communauté chrétienne qui aurait été fondée par des disciples de Jean-Baptiste exilés de Palestine (Ac 19.1-3 : « Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul arriva à Ephèse après avoir traversé les hautes provinces de l’Asie. Il rencontra quelques disciples. Il demanda : « quel baptême avez-vous donc reçu ? ». Ils répondirent : « le baptême de Jean » ».

La communauté chrétienne : En s’installant à Ephèse, Paul en fait un véritable centre d’où il enverra de nouvelles missions ainsi que des lettres en direction soit de l’Asie (Colosses, Hiérapolis, Laodicée), soit de l’Europe (Corinthe, Philippes). A l’instigation de l’Apôtre, s’organise, à partir d’Ephèse, un véritable réseau grâce auquel, dans l’Eglise, circuleront les hommes et les idées. Paul y jouit d’un grand prestige. C’est à Ephèse qu’il a, semble-t-il, baptisé Philémon, un riche bienfaiteur (évergète) originaire de la Phrygie, et qu’il a rencontré Epaphras de Colosses ainsi que Trophime et Tychique, sans doute des esclaves affranchis. C’est là aussi qu’il a fait la connaissance d’Apollos, brillant orateur (1 Co 3, 5-9 ; 16,12 ; Ac 18,24-26). Il rassemble autour de lui une véritable équipe ouverte et fidèle, dont font partie entre autres Sosthène, Aristarque, Marc, Priscille et Aquila. Son action se mesure désormais à l’horizon de l’Empire et regarde de plus en plus vers l’Occident, bien que le souci immédiat soit celui de la collecte pour les chrétiens pauvres de Jérusalem.

Les soucis arrivent rapidement : Des activités aussi intenses de la part de Paul et des chrétiens vont susciter des mécontentements et des jalousies. La prédication chrétienne est ressentie comme une menace par les corporations professionnelles qui vivent des sanctuaires d’Artémis. Par ailleurs, un certain Balbillus, haut fonctionnaire de l’Empire, mais aussi homme de lettre et thaumaturge, se trouve à Ephèse en même temps que Paul. Défenseur farouche de l’ordre romain, grand bienfaiteur d’Artémis, il est très connu et apprécié dans la ville. Dans un tel contexte, Paul apparaît soit comme un rival possible, soit comme un perturbateur de l’ordre établi. De plus, l’antisémitisme des corporations ne peut qu’augmenter la tension. Ces corporations sont assez puissantes pour agiter la population et provoquer des mouvements de foule qui aboutissent à l’arrestation de Paul. Les épreuves de l’Apôtre durent un certain temps, plus que ne le suggèrent les Actes, au point qu’il est possible de parler d’une captivité éphésienne au cours de laquelle Paul a pu écrire des lettres. Après ces épreuves (Ac 20.1), il quitte Ephèse pour se rendre en Macédoine.

Du point de vue de l’épître aux Ephésiens, ce séjour de Paul, qu’on peut considérer comme historiquement fondé, soulève deux questions : celle de l’auteur de l’épître et celle des destinataires.

La question de l’auteur. Cette lettre est placée sous l’autorité de Paul dont le nom apparaît d’emblée dans l’adresse et se trouve repris en 3.1. De plus, il est fait trois fois allusion à son statut de prisonnier (3.1, 4.1, 6.20). Le texte est de style de St Paul : on y retrouve un vocabulaire commun aux épîtres dites authentiques. Il est aussi imprégné d’expressions typiques de la région d’Ephèse. Cependant, il est surprenant que cette lettre, qui serait adressée par l’Apôtre aux chrétiens d’Ephèse, ne laisse pas apparaître davantage les relations entre Paul et ces destinataires qu’il a très bien connus. Comment expliquer un tel silence ? On pourrait imaginer que cette absence de traits personnels est volontaire : l’Apôtre, parvenu à une telle conscience du caractère universel de l’Eglise, adresse sa mettre à toutes les communautés locales de la région d’Ephèse. Ou plus modestement, en ne précisant pas trop de choses, il leur évite de les faire repérer et veut éviter une persécution en son absence. Cette hypothèse pourrait alors éclairer l’autre question : qui sont les destinataires ?

La question des destinataires. Cette lettre a une particularité : aucune copie de cette lettre, datant d’avant le IVe siècle, ne porte l’indication de la communauté à laquelle cette épître est adressée. Marcion, au IIe siècle, parle, à propos de cette lettre, de la « lettre aux Laodicéens ». Mais il n’y a pas d’autres attestations similaires…

Une lettre ? On a pensé à une lettre circulaire où on aurait laissé un espace en vue d’y inscrire la mention du destinataire éventuel. Il est vrai que ce texte présente peu d’éléments d’une lettre à proprement parlé : ces éléments sont réduits à l’adresse et aux salutations finales, avec quelques allusions, plus rhétoriques qu’historiques, à la situation de Paul. Il n’est pas impossible de penser qu’il s’agit d’un écrit qui nous offre des hymnes et une formation dogmatique, ce qui expliquerait cette forme d’une certaine universalité, plus que d’un écrit personnalisé à une communauté particulière. Aujourd’hui, on parlerait plus d’une lettre pastorale de l’évêque adressée aux diocésains lotois que d’une lettre adressée à la communauté de Limogne suite à une visite pastorale, par exemple. On pense qu’il s’agit d’un texte nécessairement tardif à cause des thèmes abordés. Ils sont déjà esquissés dans la lettre aux Colossiens, mais déployés ici avec une ampleur inégalée : le mystère du Christ est déployé dans le projet de salut divin ; la théologie de l’Eglise comme Corps permet de développer des aspects les plus inattendus. Par ailleurs, l’interpellation de certains chrétiens au niveau de leurs relations familiales et sociales laisse entendre que l’Evangile entre de plus en plus profondément dans la société. Ce qui signifie que les Evangiles étaient déjà écrits et propagés depuis des années dans les communautés. D’où le fait que pour méditer sur le mystère de l’Eglise, rien de tel que de relire et creuser cette épître aux Ephésiens ! Tous ces éléments suggèrent que la lettre serait à situer tardivement. Ceux qui croient que cette lettre a été écrite par les disciples de St Paul la date dans les années 70. Ceux qui, comme moi, tiennent que c’est bien St Paul l’auteur, mais un St Paul qui a mûri par les épreuves et les années, la datent d’avant 64 (car St Paul est décapité vers 67-68). Toutefois, l’auteur de la lettre n’est pas la question centrale, car on peut dégager sans problème la signification de la lettre. Cette lettre est composée de deux parties : une partie dogmatique (qui s’achève par une doxologie soulignée par un « amen ») et une deuxième partie exhortative (introduite -ça va de soi !- par le terme « exhorter », suivi de nombreux impératifs. Cette partie invite à une existence en conformité avec les affirmations de foi développées dans la 1ère partie).

Un autre plan possible : Ouverture : 1, 1-14 1, 1-2 : L’adresse 1, 3-14 : La bénédiction

1ère partie : A l’Eglise, par le CHRIST (1, 15 – 3, 21) 1, 15-23 : mention d’action de grâce et de prière 2, 1-10 : Jadis et maintenant 2, 11-22 : Eux et nous 3, 1-13 : la révélation du mystère 3, 14-19 : les dimensions de l’amour du Christ 3, 20-21 : la doxologie finissant par « amen.

2ème partie : Au Christ par l’EGLISE (4, 1 – 6,20) 4, 1-3 : entrée en matière 4, 4-16 : Unité, différence et union dans le Christ 4, 17 – 5, 20 : Nouveauté des mœurs : aspects individuels 5, 21 – 6, 9 : Nouveauté des mœurs : aspects sociaux et communautaires 6, 10-20 : l’allégorie du combat

Epilogue : 6, 21-24.

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