LE SACERDOCE DU CHRIST (avril-mai 2020)


Dans cette grande partie qui nous accompagne jusqu’à la rentrée, abordons cette grande question du sacerdoce car il y a un grand besoin de clarifier les choses ! En effet, il y a trois réalités inclues dans le mot « sacerdoce », qui correspond aux trois grandes parties de notre étude : Le Sacerdoce du Christ, le sacerdoce commun des fidèles (le ministère de l’Eglise) et le sacerdoce des ministres ordonnés dans l’église : évêques, prêtres et diacres. Avant d’aborder la question du sacerdoce du Christ, il convient de bien préciser que la différence entre le sacerdoce des ministres ordonnés et sacerdoce commun des fidèles n’est pas une différence de degré mais de nature.

Le grand théologien Bernard Sesboué écrivait : « Pour les fidèles, c’est une participation à un aspect de l’existence de Jésus ; pour les évêques et les prêtres ordonnés, c’est une participation à la mission qu’a le Christ de rassembler son Eglise, c’est donc une responsabilité et une charge. Mais ce sacerdoce ministériel reste ordonné à l’autre, c’est-à-dire qu’il a pour rôle d’être au service du sacerdoce commun et de lui permettre de s’exercer en vérité. Nous retrouvons la dualité insurmontable sur cette Terre, de l’Eglise convoquée ou rassemblée et de l’Eglise convoquante par mission. Le rôle du prêtre-ministre est de permettre à tous les baptisés par l’annonce de la Parole, l’administration des sacrements et l’animation de la communauté, de vivre du don qui leur est fait de constituer un « sacerdoce saint » : Ainsi, le sacerdoce des fidèles est « existentiel », tandis que le sacerdoce ministériel est à son service ».

Comme l’affirmait également en son temps, St Augustin : « pour vous, je suis évêque, avec vous je suis chrétien ». Sacerdoce commun ou sacerdoce ministériel, tous ont la même source : le sacerdoce unique du Christ. Heb 3,1 : « Considérez l’apôtre et grand prêtre de notre profession de foi, Jésus » : Jésus est le grand prêtre. Mais comment arrive-t-on à professer cette vérité ? A partir de l’Ancien Testament, nous découvrons trois personnages clefs : prophètes, prêtres et rois, que le Christ assume complètement.

Prophète : Israël, comme les autres nations, ont des prophètes. Mais la difficulté est de discerner le vrai du faux prophète. Le vrai est inspiré par l’Esprit de Dieu. Sa parole est bien celle du prophète, mais elle vient de plus loin, car il est investi de l’Esprit Saint. Il porte la parole de Dieu. Sa parole consiste à faire une interprétation de ce qui va se passer dans l’histoire en référence au Dieu unique et vivant et à la liberté de l’homme. Le prophète n’est pas quelqu’un qui va dire « voilà ce qui va se passer » mais plutôt « vous êtes devant deux chemins : si tu suis Dieu, voilà ce qui va se passer, sinon voilà les malheurs qui pourraient arriver ». C’est la prédication et non la prédiction ! Ils sont éducateurs de la liberté des hommes, tout en la respectant. Les chrétiens sont, à leur suite, des éducateurs de la liberté de nos frères pour leur dire les conséquences de leurs choix. Etre prophète dans l’Eglise, c’est mettre les gens devant leur responsabilité et les laisser faire leur choix librement (mais en connaissance de cause !), et respecter ce choix, même si c’est douloureux et fatiguant pour nous. Comme l’histoire donne toujours raison au prophète, il va être considéré comme le porte-parole de Dieu, l’héraut de Dieu : Envoyé et ordonné à la vie et au salut du peuple. Le prophète est là pour le salut du peuple. Moïse est l’archétype : Il entraîne le peuple vers la Terre Promise, comme nous devons amener les gens vers notre Terre promise…

Rois : c’est un sage (mais pas toujours) à la façon de Salomon, l’archétype du juge dans ses jugements. Israël se dote d’un roi pour assurer la paix, la sécurité et l’unité. Ce sont les trois missions du roi : paix, sécurité, unité. Le roi permet de parler avec les autres peuples d’égal à égal, car les autres nations ont également un roi. Idéalement, le rôle du roi, c’est à l’intérieur d’assurer l’unité du peuple du Dieu vivant et de rendre justice au nom de Dieu : à l’extérieur d’assurer la paix et le respect de son peuple par rapport aux autres nations. A son tour, le roi est ordonné à la survie du peuple. C’est une mission divine, consacrée par l’onction de la main des prophètes. 1 Sm 16 : le roi est ordonné à la vie, au bonheur et au salut du peuple au nom de Dieu.

Prêtre : le mot « prêtre » est pris comme celui du « grand prêtre », lié au sacerdoce du Temple. Comme les autres peuples, Israël a des prêtres venant de la 12ème famille : la tribu de Lévi. Au cœur, il y a les sacrifices : pour obtenir une faveur, il faut payer le prix. On offre ce qu’on a de plus cher après soi : le fils aîné. Mais comme le fils doit assumer la descendance, on offre à la place un animal. Le sacrifice de l’anima a un rôle de purificateur : c’est un cadeau qu’on faisait à Dieu pour l’Alliance (et les faveurs futures) et pour réparer un péché (solder le passé). D’où l’importance du sang qui signifie la VIE. Derrière le sang, il y a la volonté d’entrer en amitié avec Dieu par la vie. On veut faire nôtre les bien qui appartiennent à Dieu (la Vie). Ainsi, le prêtre est ordonné au service de la vie et du salut du peuple. Le prêtre scelle l’alliance entre Dieu et le peuple, en référence à la vie et au salut du peuple. Cette « ordination » est la même que celle des rois et des prophètes. La réalisation des promesses prophétiques : dans l’Ancien Testament, comme chez St Paul au départ, on pensait la réalisation rapide des prophéties. Mais, 1.000 ans après les prédictions du prophète Natan, le Messie ne semble toujours pas là.

Voici l’histoire : après le roi Salomon, les tribus du Nord d’Israël font sécession et, au Sud, il ne reste que deux tribus : les tribus de Juda et de Benjamin. En 730, les Assyriens balayent le Nord. Et en 585, le Sud est battu et l’Exil commence (retour vers 535). Résultats : la royauté a subi un effondrement et elle ne tient pas sa promesse. Les sacrifices au Temple sont impuissants à sceller l’Alliance. Le peuple reprend sans cesse sa parole. On a beau renouveler les promesses, on ne tient pas sur la durée et, avec l’Exil, il ne reste plus rien pour le peuple.

Si bien que l’espérance reste dans un « petit reste » qu’on appelle « les pauvres de Dieu » (les Anawim). Quand Jésus apparaît, l’espérance demeure dans ce petit reste fidèle. Alors… qui est Jésus ? C’est dans cet horizon que les disciples vont situer Jésus d’après leurs catégories. C’est à partir de la Pentecôte qu’ils répondent à cette question, d’une manière originale : Jésus est le Fils de Dieu.

Tout d’abord, Jésus est prophète : il n’est plus uniquement le porte-parole de Dieu ; c’est le Verbe, par qui tout a été fait, qui s’est fait chair. Jésus le dit lui-même : il est prophète et nul n’est prophète en son pays. En Jésus, Dieu parle de Dieu à l’homme et à des hommes. Jésus assume d’être prophète et fait même exploser le concept de prophète. Dans ce cas, le service du prophète vient dire la profondeur de Dieu. Il vient partager entièrement les mystères de Dieu. Il rappelle que tout vient de l’Amour (Création) et tout va vers l’Amour. Ainsi, il donne le sens à l’histoire et donc, la nécessité de poser les bons choix : « convertissez-vous ! ».

Mais également, Jésus est le Christ (Ac 2,36). Il est l’oint de Dieu. Dieu l’a fait Christ et Seigneur. Et depuis 2.000 ans, l’Eglise témoigne que Jésus est le Messie (le Christ). Dans sa vie publique, Jésus pose des actes nous le montrant : il dispose des éléments naturels (tempête, etc.), il dispose même de la mort. Mais surtout, il dispose de la Vie éternelle. Par sa Résurrection, il apparaît comme Roi infini et éternel. Il est le Roi du Ciel et de la Terre, le Maître de la Vie. C’est sous cet angle que nous devons lire la parole du Christ : « ici, il y a bien plus que Salomon » (l’archétype du Roi d’Israël). Il s’est laissé applaudir comme les rois (aux Rameaux) et avec la Résurrection, il montre qu’il est le roi par excellence.

Jésus est le Grand-Prêtre par excellence (He 5,6 et suivants). Il a fait volontairement de sa vie une offrande vivante à son Père et aux hommes. La catégorie du sacrifice permet de comprendre qu’il est le Prêtre par excellence : il est l’autel (son corps est le lieu de l’holocauste), il est la victime et il est celui qui offre à Dieu. Après ce sacrifice unique, Dieu et l’Humanité sont enfin unis. La mort et le péché sont brisés par Jésus. Il n’a plus besoin de renouveler le sacrifice, Jésus l’a fait une fois pour toute. Et chaque eucharistie réactualise le sacrifice unique du Christ. L’Eglise, dès le début, comprend que ces trois figures, disjointes dans l’histoire du Salut de l’Ancien Testament, sont désormais unies et achevées en plénitude par le Christ.

He 8,6 : « Le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que le meilleur est l’alliance dont il est le médiateur et fondée sur de meilleures promesses. Car si la première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas lieu de lui en substituer une seconde ». Il est le maître de son propre sacrifice. C’est un sacrifice divin, le seul lieu, le passage (Pâques) entre le Ciel et la Terre. Jésus est le seul passage vers la vie éternelle au Ciel, il est la porte étroite. Et là, nous sommes arrivés à la source du mot « sacrifice » : ce titre n’appartient qu’à lui seul ! Le mois prochain, nous verrons le sacerdoce commun des fidèles. +Franz

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